EL PAÍS

Pour un Pacte d’État contre l’urgence climatique

On parle de changement climatique depuis de nombreuses années en termes de transition énergétique, d’objectifs de décarbonation ou d’engagements internationaux. Cependant, l’expérience que nous accumulons sur notre propre territoire – incendies de plus en plus dévastateurs, épisodes de pluies torrentielles aux conséquences humaines irréparables, sécheresses prolongées qui mettent à rude épreuve l’eau et le système productif – nous place devant une évidence plus inconfortable : nous ne sommes plus seulement confrontés à un défi environnemental, mais devant un facteur structurel qui conditionne la stabilité économique, territoriale et sociale du pays.

L'Espagne est particulièrement vulnérable dans le contexte européen. Le bassin méditerranéen se réchauffe à un rythme plus rapide que la moyenne mondiale ; nos précipitations diminuent globalement, mais augmentent en intensité lorsqu'elles se produisent (l'atmosphère est plus humide en raison d'une plus grande évaporation due au réchauffement climatique et, lorsqu'il pleut, il peut pleuvoir plus et en moins de temps) ; Le niveau de la mer compromet les infrastructures et les activités stratégiques sur la côte. Il ne s’agit pas de projections lointaines, mais de tendances consolidées qui affectent directement l’agriculture, le tourisme, la santé publique ou l’aménagement urbain et territorial.

La question n’est donc pas de savoir si nous devons agir, mais comment institutionnaliser cette réponse afin qu’elle ne dépende pas du calendrier électoral ou de majorités temporaires. C’est là toute la pertinence du projet de Pacte d’État contre l’urgence climatique que l’exécutif a approuvé en décembre dernier et dont le Congrès débattra dans les semaines à venir.

Un pacte de cette nature n’est pas un simple document parmi d’autres faisant partie du répertoire législatif. C’est, ou devrait être, une architecture de stabilité. Cela signifie supposer que l’adaptation et l’atténuation du changement climatique doivent être intégrées au cœur des politiques publiques – de la planification territoriale à la politique industrielle, de la gestion forestière à la santé au travail – et que cette intégration nécessite une continuité, une coordination à plusieurs niveaux et une évaluation périodique fondée sur des preuves scientifiques.

Pendant trop longtemps, nous avons réagi de manière réactive aux impacts climatiques. Après chaque incendie nous renforçons les dispositifs ; Après chaque inondation, nous révisons les protocoles ; Après chaque canicule nous activons des alertes sanitaires. Cependant, l’urgence climatique ne supporte pas une logique de réponse épisodique. Cela nécessite une planification anticipative, des investissements soutenus et une gouvernance capable d’articuler l’Administration générale de l’État, les communautés autonomes et les entités locales dans un même cadre stratégique.

Le pacte qui est aujourd'hui proposé intègre des éléments qui répondent précisément à ce besoin structurel : l'évaluation systématique des risques dans les secteurs stratégiques ; l’intégration de la résilience hydrique dans l’aménagement du territoire ; la professionnalisation permanente des services de protection civile ; la restauration écologique comme outil d'adaptation ; la modernisation du secteur agricole et de la pêche ; l’intégration de la variable climatique dans la santé publique et dans la prévention des risques professionnels.

Il ne s’agit pas seulement de réduire les émissions – une tâche qui reste bien entendu inévitable et urgente – mais de préparer le pays à des scénarios qui font déjà partie de notre réalité. L’adaptation est avant tout une politique de cohésion sociale, puisque les impacts ne sont pas répartis de manière homogène : ils touchent avec plus d’intensité les territoires ruraux dépeuplés, les périphéries urbaines avec une moindre qualité de construction, ceux qui travaillent à l’extérieur et dans les soins, les logements avec une plus faible capacité d’adaptation énergétique.

En ce sens, le pacte introduit un élément central : la justice climatique comme principe transversal. Il n’y aura pas de transition viable si elle aggrave les inégalités existantes. La résilience territoriale doit s’accompagner d’opportunités économiques, d’emplois verts dans les zones rurales, de réhabilitation énergétique accessible, de services publics adaptés aux nouvelles conditions climatiques, etc. L’action climatique ne peut être perçue comme un sacrifice imposé, mais plutôt comme une stratégie de sécurité collective et de modernisation économique.

Par ailleurs, le contexte européen renforce la pertinence de ce débat. La neutralité climatique en 2050 n’est pas seulement un objectif environnemental, mais aussi un vecteur de compétitivité et d’autonomie stratégique dans le cadre de l’Union européenne. La transition industrielle, l’électrification des transports ou le déploiement des énergies renouvelables s’inscrivent dans un processus plus large de reconfiguration économique. L'Espagne, de par sa position géographique et son potentiel renouvelable, doit jouer un rôle pertinent. Mais ce leadership nécessite une certitude réglementaire et une stabilité institutionnelle.

Un accord transversal

Au cours de la dernière décennie, la nécessité d’un accord transversal établissant un horizon commun et un espace de rencontre sur les questions climatiques a été réitérée par différentes sphères académiques, sociales et politiques. Le défi auquel le Parlement est désormais confronté est précisément celui-là : élever l’urgence climatique au niveau de la politique de l’État.

Le débat ne doit pas se réduire à des disputes partisanes sur des mesures spécifiques, mais plutôt se concentrer sur l’opportunité de se doter d’un cadre stable permettant une planification à long terme. Les divergences sont légitimes et font partie de la délibération démocratique ; Ce qui serait difficilement justifiable, c’est le renoncement à construire un terrain commun de responsabilité partagée face aux risques qui conditionnent déjà notre prospérité et notre sécurité.

L’urgence climatique n’est pas une hypothèse idéologique. C’est une variable physique qui traverse toutes nos politiques publiques. Transformer ces preuves en accord institutionnel est probablement l’un des actes les plus politiquement responsables qu’une génération puisse entreprendre.

Bien entendu, le Pacte d’État ne résoudra pas à lui seul l’ampleur du défi, mais il peut marquer un tournant : passer de la réaction à l’anticipation, de la fragmentation à la coordination, de la rhétorique à la planification. Et surtout, elle peut offrir aux citoyens un message clair de stabilité dans un contexte mondial de plus en plus incertain. Soyez les bienvenus.

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