Des millions d’arbres plantés contre le désert : presque tous mouraient, jusqu’à ce qu’un agronome découvre une forêt cachée sous le sol du Niger

Pendant des années, la réponse à la désertification du Sahel semblait évidente. Il fallait faire pousser des millions de plants et ériger une barrière verte d’environ 8 000 kilomètres entre l’océan Atlantique et la mer Rouge. Le problème était que de nombreux jeunes arbres ne survivaient pas à la sécheresse, au pâturage ou aux coupes.

En 1983, l’agronome australien Tony Rinaudo a changé la question. Plutôt que de penser à ce que l’on pouvait planter, il s’est intéressé à ce qui restait vivant sous le sol du Niger. Cette forêt cachée aide à comprendre pourquoi la Grande Muraille Verte n’est plus une simple ligne d’arbres.

La forêt était sous ses pieds

Rinaudo avait planté des arbres au Niger pendant deux ans lorsqu’il était sur le point d’abandonner. Selon Right Livelihood, à peine 10 % des plants survivaient à la chaleur et aux tempêtes de poussière, et beaucoup des autres étaient dévorés par les chèvres ou coupés pour du bois. En 1983, il observera de près un petit arbuste et reconnut un arbre qui renaissait de sa souche.

La plante n’était pas morte. Son système racinaire restait sous terre, avec accès à l’humidité et aux nutriments, et il suffisait qu’on sélectionne les tiges les plus fortes, que l’on taille le reste et que l’on protège. C’est ainsi que prit forme la régénération naturelle gérée par les agriculteurs, connue sous les sigles anglais FMNR.

Ce n’était pas une recette miraculeuse venue d’ailleurs. La plateforme des Objectifs de Développement Durable des Nations Unies explique que cette pratique s’est développée avec les agriculteurs, mêlant des techniques traditionnelles et devant être adaptée à chaque lieu. Ils l’ont étendue de parcelle en parcelle.

Comment cela fonctionne sans planter

La méthode commence par localiser des souches vivantes, des racines ou des graines germées naturellement. L’agriculteur choisit les rejets les plus vigoureux, élimine ceux qui y font concurrence et répète la taille lorsque cela est nécessaire. Il protège également l’arbre du bétail, du feu et des coupes prématurées.

L’avantage se situe sous le sol. Une racine ancienne peut impulser la croissance plus rapidement qu’un plant récemment transplanté, ce qui est décisif dans les zones où les précipitations sont rares et irrégulières. De plus, on réhabilite des espèces locales déjà adaptées à la chaleur et au terrain.

Est‑ce à dire qu’il n’est plus nécessaire de planter des arbres ? Non. La FMNR fonctionne là où il reste du matériel vivant, alors que d’autres zones nécessitent des pépinières, la captation d’eau ou la restauration des prairies. La clé est de ne pas appliquer la même solution partout.

Ce qui a changé au Niger

Right Livelihood propose une estimation, non un recensement arbre par arbre, de plus de 200 millions d’arbres régénérés sur cinq millions d’hectares. En 2013, l’Union africaine, la FAO et la Convention des Nations Unies contre la Désertification rapportaient déjà plus de cinq millions d’hectares réhabilités, avec des améliorations dans les cultures, le bétail et la disponibilité de bois.

Une étude publiée dans le Journal of Environmental Management a analysé 410 ménages provenant de 41 villages de Maradi. La FMNR s’est associée à des revenus plus élevés, à une plus grande diversité de cultures et à davantage d’arbres sur les fermes. Les auteurs estiment entre 17 et 21 millions de dollars de revenu brut annuel additionnel pour la région.

Cela se ressent. Un arbre apporte de l’ombre, du fourrage, des fruits ou du bois et aide à freiner l’érosion et à préserver l’humidité. Mais l’adoption dépendait du sol, de l’accès au marché et de l’éducation du foyer, de sorte qu’il ne suffit pas de distribuer des sécateurs.

La muraille n’est plus une simple ligne

L’Union africaine a lancé la Grande Muraille Verte en 2007 avec l’image d’un ceinture végétale traversant le continent. Cette vision a évolué. La stratégie officielle pour 2024 à 2034 parle d’agriculture, de pâturage, de forêts, d’eau, de résilience au climat et d’opportunités pour les communautés.

Les objectifs pour 2030 restent immenses. L’initiative vise à restaurer 100 millions d’hectares, créer 10 millions d’emplois verts et capturer 250 millions de tonnes de carbone. Il ne s’agit pas d’arrêter littéralement le Sahara comme une vague de sable, mais de redonner productivité et vie à des terres dégradées.

La photographie la plus récente appelle à la prudence. L’Observatoire de la Grande Muraille Verte a réuni 389 projets jusqu’au 31 décembre 2025, mais moins de 90 disposaient de données compatibles avec le cadre commun. Ce groupe partiel a noté 1,66 million d’hectares en restauration, 4,6 millions d’emplois et plus de 46 millions de bénéficiaires, de sorte que les transformer en pourcentage d’ouvrage achevé serait trompeur.

La leçon qui demeure

L’enseignement du Niger ne consiste pas à choisir entre planter ou ne pas planter. Il s’agit de regarder ce qui reste vivant, ce dont la population a besoin et qui prendra soin du terrain. Sans droits clairs, sans suivi et sans avantages pour les familles, même l’arbre le plus résistant peut disparaître.

Rinaudo a aussi évité de présenter la technique comme une cure universelle. « FMNR n’est pas une solution magique, mais elle peut jouer un rôle important face au climat et à la faim », a-t-il expliqué dans un communiqué de World Vision. C’est un outil simple, mais son expansion dépend des agriculteurs, des règles, de la sécurité et des fonds, et ce n’est pas peu. Le chiffre compte, mais la façon dont il est compté compte aussi.

Le communiqué officiel le plus récent sur les avancées, les lacunes de données et le financement de l’initiative a été publié par l’Union Africaine.

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