Atlas des agro-industries : qui contrôle ce que vous mangez et comment cela influence les prix
Ce que vous payez pour remplir votre panier dépend aussi de qui contrôle le marché. L’« Atlas des agronegocios » avertit que la concentration d’entreprises et la spéculation financière renforcent le pouvoir des grandes sociétés sur l’alimentation, avec des conséquences très graves pour les agriculteurs, les consommateurs et l’environnement.
Amigas de la Tierra a présenté cette recherche en Espagne à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre. La publication est soutenue par la Heinrich-Böll-Stiftung, Amigas de la Tierra Europe et IPES-Food, parmi d’autres entités.
Le rapport analyse comment ce pouvoir économique se traduit par une influence politique qui affecte les lois environnementales et agricoles et la capacité d’influencer les prix que ces entreprises peuvent imposer, des intrants agricoles jusqu’au produit final qui arrive au supermarché.
L’Atlas des agronegocios
À un moment marqué par la crise alimentaire, Amigas de la Tierra Europe, la Heinrich-Böll-Stiftung et IPES-Food publient l’« Atlas des agronegocios », une recherche qui montre comment la concentration croissante du marché alimentaire entre quelques mains et la spéculation financière dans l’industrie agroalimentaire enrichissent une élite minoritaire tout en nuisant aux moyens d’existence et à la santé de millions de personnes dans le monde.
Au milieu d’une crise alimentaire mondiale due à la hausse des prix des denrées, la quatrième crise en 20 ans, les organisations avertissent que plus les grandes multinationales accumulent de pouvoir, plus elles peuvent influencer l’élaboration des politiques et, par conséquent, bloquer des réglementations destinées à protéger les citoyens et l’environnement, comme c’est le cas avec la réglementation de l’UE visant à réduire l’usage des pesticides.
Parallèlement, la concentration d’entreprises accorde aux acteurs dominants un contrôle accru sur la fixation des prix de l’alimentation. Cela est particulièrement flagrant dans la production et la distribution au détail des aliments, où l’agro-industrie fixe des prix très bas pour les aliments achetés aux producteurs tout en augmentant les prix pour le consommateur final, ce qui exerce une forte pression à la fois sur les personnes agricultrices et sur les consommatrices, et tout cela afin d’augmenter leurs marges bénéficiaires.
Derrière ce modèle agroalimentaire se cachent de grandes corporations telles que les multinationales de production et de commercialisation mondiales de soja transgénique (Cargill, ADM, COFCO, Bunge et LDC), les entreprises cárnicas et laitières (JBS, Tyson, Danone, Lactalis et Nestlé) ou les lobbies qui défendent l’industrie agroalimentaire en faisant pression sur les parlements (CropLife Europe, European Livestock Voice, Copa-Cogeca, Euroseeds, Coceral, le Club allemand du grain et le Département de l’Agriculture des USA). Par ailleurs, le rapport souligne le rôle actuel des technologies dans l’industrie alimentaire, Amazon, Microsoft et Google, qui contrôlent le flux principal de données au sein du secteur agroindustriel.
Qué démonstras-lo Atlas des agronegocios ?
Parmi d’autres points, l’enquête démontre que :
Les guerres et la spéculation financière augmentent les prix des denrées, enrichissant une petite minorité tout en poussant des millions de personnes dans le monde vers la faim et la pauvreté. En seulement une semaine, juste après l’invasion russe de l’Ukraine, les fonds spéculatifs agricoles ont reçu autant d’investissements que ce qu’ils auraient pu obtenir en tout un mois.
Après l’invasion russe de l’Ukraine, les prix des engrais ont été triplés; par conséquent, les neuf plus grandes sociétés agrochimiques du monde ont triplé leurs profits par rapport aux niveaux antérieurs à la pandémie.
L’industrie pousse la production d’aliments ultra-transformés afin de générer de plus grands profits malgré leurs conséquences dévastatrices pour la santé. Dans l’UE, environ un tiers des décès par maladies cardiovasculaires est lié à une alimentation peu saine.
En 2025, les grandes entreprises agricoles ont généré 30 milliards d’euros grâce à la vente de pesticides dans l’UE. En réalité, pour protéger leurs bénéfices, ces multinationales exercent des pressions politiques sur les groupes parlementaires européens. Selon leurs propres déclarations dans le Registre de Transparence de l’UE, seulement neuf des acteurs les plus actifs de l’industrie agroalimentaire ont dépensé plus de 50 millions d’euros en actions de lobbying entre 2020 et 2023, précisément pendant que la loi sur la réduction des pesticides était débattue.
Ces grandes multinationales augmentent leurs bénéfices au détriment de l’exploitation de leurs travailleurs: aux États-Unis, 5 des 10 emplois les moins bien rémunérés sont liés à l’industrie alimentaire. En France, les producteurs ne perçoivent que 6,90 euros sur chaque vente de 100 € dans les supermarchés.
Ensemble, les cinq plus grandes corporations productrices de viande et de produits laitiers émettent autant de CO2 que l’un des géants des combustibles fossiles comme BP ou Shell. Si les 45 plus grandes multinationales de la viande et des produits laitiers au monde étaient un pays, elles se classeraient au neuvième rang en matière d’émissions, avec un milliard de tonnes de gaz à effet de serre par an.
Andrés Muñoz Rico, responsable de la souveraineté alimentaire chez Amigas de la Tierra, déclare :
« Une fois de plus, nous sommes plongés dans une crise alimentaire qui pousse des millions de personnes vers la faim. S’accrocher à un modèle fondé sur des oligopoles et la spéculation financière signifie davantage de faim et de destruction environnementale. Cet acte montre comment l’Europe doit poser des limites au lobbying et à la concentration d’entreprises et soutenir un modèle qui bénéficie aux personnes agricultures et consommateurs tout en restant dans les limites planétaires.
Que réclament les organisations ?
La Heinrich-Böll-Stiftung, Amigas de la Tierra Europe et IPES-Food exigent du courage aux eurodéputés pour mettre en œuvre les solutions existantes et garantir l’accès à des aliments sains et abordables. C’est pourquoi elles réclament :
Des règles de concurrence et d’antitrust plus strictes pour freiner les oligopoles et rétablir une concurrence juste.
La commande publique comme outil pour soutenir l’agriculture familiale et l’agroécologie, des programmes de repas scolaires à grande échelle et des épiceries publiques.
Des règles de marché basées sur des principes agroécologiques et sur la souveraineté alimentaire afin de garantir que les agriculteurs reçoivent des prix justes et des revenus stables.
Le renforcement des marchés locaux et régionaux pour réduire la dépendance envers les chaînes d’approvisionnement mondiales et garantir que les communautés conservent le contrôle sur leurs propres sources d’alimentation.
Des garde-fous pour limiter les groupes de pression de l’agro-industrie dans l’élaboration des politiques, à l’instar des restrictions de l’ONU sur l’industrie du tabac.
