EL PAÍS

Les archives de la Garde civile renforcent les liens du complot corrompu de Forestalia avec d'anciens hauts fonctionnaires du gouvernement aragonais

Le complot de corruption environnementale qui serait mené par le propriétaire de Forestalia, Fernando Samper, aurait dépassé de loin l'ancien haut fonctionnaire du ministère de la Transition écologique arrêté la semaine dernière pour avoir favorisé les permis de parcs renouvelables liés à cette entreprise aragonaise. Forestalia est née et s'est développée en Aragon, où elle a tissé un réseau d'influence politique – à droite et à gauche – basé sur ce que l'on appelle les portes tournantes (le passage des fonctions publiques à l'activité privée) et sur de prétendus pots-de-vin d'un million de dollars, selon les documents qui figurent dans le résumé du procès suivi devant le Tribunal d'Instruction 1 de Teruel.

Les enregistrements réalisés par l'Unité opérationnelle centrale pour l'environnement (UCOMA) de la Garde civile il y a 10 jours à Madrid et Saragosse renforcent les liens de Forestalia avec d'anciens hauts fonctionnaires du gouvernement régional du Parti aragonais (PAR), un groupe qui au cours des 20 dernières années a fait partie de l'Exécutif de cette communauté en alliance avec le PSOE, mais aussi d'un corps législatif avec le PP.

Après les perquisitions, l'UCOMA a préparé un rapport dans lequel elle a souligné comme « l'un des aspects les plus importants qui ont pu être documentés » avec cette entrée dans 12 maisons et sièges d'entreprises les « liens » entre les différents acteurs du prétendu complot. Et il cite expressément les liens entre Samper et son entreprise Forestalia avec quatre anciens responsables du PAR : Ana Cristina Fraile, Alfredo Boné, Luis Marruedo et Carlos Ontañón, « tous liés d'une manière ou d'une autre lors de leur précédent passage au Ministère de l'Environnement d'Aragon dont dépend l'Institut aragonais de gestion de l'environnement (INAGA) », soulignent les agents.

Ces quatre personnes ont joué un rôle décisif dans la création et la promotion, en 2003, de l'INAGA, l'organisme aragonais chargé d'accorder ou non des permis environnementaux pour les projets au plus grand impact. Par exemple, les parcs renouvelables (qui sont au centre de cette opération), mais aussi d'autres projets comme les macro-fermes porcines (l'origine de Forestalia est liée précisément au groupe de viande aragonais Jorge).

Boné a été ministre de l'Environnement d'Aragon entre 2002 et 2011. Fraile était son chef de cabinet. Marruedo a été vice-ministre de l'Environnement entre 2007 et 2011, lorsque l'Aragon était gouvernée par le PSOE et le PAR, et directeur général du Développement rural entre 2011 et 2015, lorsque le gouvernement régional était formé par le PP et le PAR. Enfin, Ontañón a été le premier directeur de l'INAGA et a exercé ses fonctions entre 2003 et 2012.

Ontañón, Fraile et Marruedo travaillent désormais pour Forestalia. Même le vice-ministre Marruedo, lors d'une des perquisitions, s'est présenté aux agents de la Garde civile comme étant l'avocat de Samper, propriétaire de l'entreprise qui se trouve à l'épicentre de ce complot.

INAGA est à l'origine de cette affaire qui est suivie devant le Tribunal d'Instruction 1 de Teruel. C'est à cet organisme et aux prétendues irrégularités dans le traitement des projets d'énergies renouvelables qu'a été signalée la plainte déposée par Teruel Exist en décembre 2022 auprès du Parquet de l'Environnement et qui a ouvert le dossier. Les plaignants ont averti que les projets éoliens et solaires étaient irrégulièrement divisés en morceaux afin que leur traitement se poursuive devant l'INAGA et non devant l'État.

Cette piste d'enquête est toujours ouverte et aucun de ces quatre anciens responsables du gouvernement aragonais n'est formellement inculpé. Cependant, des documents ont été trouvés dans les dossiers qui étayent cette partie de l'enquête, comme le souligne l'UCOMA. Par exemple, une prétendue contrepartie par l'achat et la vente d'une entreprise – Athmos Sostenibilidad SL – de quatre millions d'euros. C'est le montant que, selon l'UCOMA, Forestalia aurait payé fin 2018 pour acquérir Athamos, qui appartenait à Boné, Fraile et Marruedo. « Le prix de vente de ce fonds serait bien supérieur à sa valeur réelle », affirme le rapport de la Garde civile.

Lors des perquisitions d'il y a 10 jours, les agents ont saisi des documents relatifs aux personnes impliquées et au réseau d'entreprises que Samper aurait utilisé pour rendre des faveurs. Cette méthode était la même que celle utilisée pour indemniser, soi-disant, la personne qui était directeur général adjoint de l'évaluation environnementale au ministère de la Transition écologique entre 2017 et juin 2023, Eugenio Domínguez. Cet ancien haut fonctionnaire a acquis deux sociétés par l'intermédiaire desquelles il aurait reçu 5,2 millions d'euros sous forme de prêt à une société tierce en guise de contrepartie.

Tant l'UCOMA que le juge d'instruction présentent ce haut fonctionnaire du ministère, l'organisme dans lequel Forestalia devait traiter les plus grands projets qui ne pouvaient être fragmentés, comme le « facilitateur » de l'entreprise aragonaise. À tel point qu’il s’est attribué « la quasi-totalité des projets d’énergies renouvelables présentés par les promoteurs appartenant au groupe Forestalia », selon l’institut armé. En témoignent les déclarations incluses dans le dossier de vingt agents publics liés au traitement environnemental des projets.

Dans le cas de la branche aragonaise qui touche l'INAGA, cette ligne reste ouverte. Mais l'UCOMA désigne en particulier Ontañón, le premier directeur de l'INAGA et actuel travailleur de Forestalia. « Sont incorporées à cette procédure diverses informations correspondant à de prétendues irrégularités commises au sein du Gouvernement d'Aragon, plus précisément à l'Institut Aragonais de Gestion Environnementale (INAGA), où la figure de Carlos Ontañón acquiert une importance particulière », expliquent les agents qui, en tout cas, soulignent que cette ligne est encore en développement.

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