Urbanisation du littoral et des poissons : plus de nourriture, plus de stress
Une étude sur l’urbanisation côtière et les poissons révèle que les damiselles bleues des environnements urbanisés peuvent présenter un bon état nutritionnel et, en même temps, montrer des signes de stress physiologique chronique. La recherche a analysé des exemplaires de Chrysiptera cyanea dans la ville d’Okinawa, au Japon.
L’analyse de l’activité génétique a identifié plusieurs altérations liées au métabolisme, à l’immunité et à l’inflammation chez les poissons. De cette manière, il est possible de détecter certains problèmes qui auparavant, en ne regardant que l’environnement, restaient invisibles.
La découverte propose une nouvelle manière d’évaluer la santé de la faune qui vit près de nos villes. Dans cet article, nous parlerons du potentiel de cet outil novateur qui permet d’étudier les problèmes environnementaux à partir des organismes qui en souffrent.
Urbanisation côtière et poissons
Les poissons qui vivent près des zones côtières urbanisées sont davantage exposés à la pollution chimique, acoustique et lumineuse, ce qui entraîne un déclin chronique de leur santé, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français réalisée dans un laboratoire basé à Okinawa (Japon).
«L’urbanisation des zones côtières expose les poissons à de multiples facteurs de stress qui affectent leur physiologie», a indiqué le CNRS dans un communiqué, qui a souligné que cette méthode pionnière pour mesurer les effets environnementaux pourra être appliquée à d’autres espèces animales et aidera à évaluer si ces mêmes pressions affectent aussi les populations humaines voisines.
L’étude, publiée ce vendredi dans la revue Nature Communications, a constaté «des conséquences variées» tant chez les poissons les plus jeunes que chez les adultes.
Il a été confirmé une altération du métabolisme, du système immunitaire, des mécanismes hormonaux impliqués dans l’acclimatation à l’environnement, ainsi que le déclenchement de réactions inflammatoires, a exposé la recherche.
Le CNRS a expliqué que le phénomène de stress physiologique chez les poissons vivant près des villes côtières est «paradoxal», car il survient non pas par manque de nourriture, mais par excès.
«Comme si d’une chaîne de ‘fast food’, ces environnements semblent offrir une nourriture abondante, facilement accessible et riche en matière organique, ce qui pourrait attirer particulièrement les poissons malgré les préjudices pour leur santé», avertissent les auteurs.
Ainsi, les espèces de ces zones «présentent un état nutritionnel élevé tout en montrant des signes de stress physiologique chronique», ce qui dégrade la santé des poissons.
Ces résultats ont été obtenus grâce à l’analyse transcriptomique, une technique de biologie moléculaire qui mesure l’activité des gènes à un moment précis au sein d’une cellule, d’un tissu ou d’un organisme.
L’espèce choisie pour cette analyse génétique était la Chrysiptera cyanea, un poisson commun des récifs coralliens également connu sous le nom de damiselle bleue.
«Les scientifiques ont analysé l’intégralité de l’activité génétique afin de distinguer les effets liés aux activités humaines de ceux associés à d’autres facteurs, comme la température ou l’état nutritionnel», a expliqué le CNRS.
Les auteurs de la recherche affirment que le travail présenté «ouvre la voie à une nouvelle forme de supervision des effets des changements environnementaux», car, au lieu de mesurer uniquement les caractéristiques de l’environnement, l’analyse du transcriptome permet d’évaluer directement l’état physiologique des organismes qui y vivent.
«En principe, cette approche pourrait être appliquée à de nombreuses espèces animales et à des écosystèmes très divers», a indiqué l’étude, qui précise également qu’elle ouvre la porte pour évaluer comment les «pression environnementales identifiées dans les zones côtières d’Okinawa affectent aussi les populations humaines vivant à proximité».
