Éoliennes : une IA décide quand freiner pour éviter les collisions avec les oiseaux

Zefiro Partners attribue au système une réduction du 99,88 % de la mortalité des oiseaux et des pertes de production inférieures à 1 %. L’évaluation scientifique disponible confirme des taux élevés de détection et d’identification, bien que le calcul complet qui étaye cette réduction de mortalité ne soit pas encore publié.

Grenade a accueilli du 2 au 6 septembre 2026 le XXVIIe Congrès espagnol d’ornithologie et le VIIIe Congrès ibérique d’ornithologie. L’événement a réuni plus de 400 spécialistes de recherche et de conservation et a été soutenu par SEO/BirdLife et l’Université de Grenade, avec la participation de la Sociedade Portuguesa para o Estudo das Aves. Les informations officielles du congrès permettent de consulter son programme scientifique et le livre des communications.

Parmi les travaux présentés figurait une évaluation réalisée sur une période d’un an dans un parc éolien espagnol concernant IdentiFlight, un système qui associe caméras, vision par ordinateur et intelligence artificielle pour reconnaître les oiseaux et ordonner l’arrêt sélectif des aérogénérateurs lorsqu’il détecte une trajectoire dangereuse.

Zefiro Partners soutient que l’application analysée a permis de réduire de 99,88 % la mortalité des oiseaux protégés et de maintenir les pertes de production électrique en dessous de 1 %. Cependant, le résumé scientifique publié par le congrès présente ces conclusions comme préliminaires et n’inclut pas encore le nombre de collisions enregistré, la méthode employée pour calculer cette réduction ni son intervalle d’incertitude. Par conséquent, le chiffre de 99,88 % doit rester clairement attribué à l’entreprise jusqu’à la publication de l’étude complète.

IdentiFlight dans les parcs éoliens et les résultats vérifiés en Espagne

La partie de l’évaluation qui figure publiquement documentée offre des résultats pertinents. Les chercheurs ont comparé les enregistrements d’IdentiFlight avec des observations humaines réalisées dans un rayon d’un kilomètre. Le système a détecté environ 90 % des oiseaux présents et a correctement classé l’espèce dans 97,5 % des cas.

Les performances n’ont pas été identiques dans toutes les conditions. L’heure de la journée, l’ensoleillement, la température, la pluie, la taille de l’oiseau et son comportement en vol ont influé sur la probabilité de détection. L’identification des espèces dépendait particulièrement de l’éclairage et de l’entraînement préalable de l’algorithme. Ces facteurs expliquent pourquoi un système doit être validé sur chaque site et non uniquement dans des conditions contrôlées.

Distinguer entre détection, classification et réduction effective de la mortalité est fondamental. Reconnaitre correctement un oiseau ne garantit pas à lui seul que l’éolienne s’arrête à temps ni que toutes les collisions soient évitées. Cette séparation entre les métriques vérifiables et les messages commerciaux est également pertinente pour tous les parcs éoliens.

Selon les informations fournies par Zefiro Partners, l’essai espagnol a travaillé avec un catalogue de 37 espèces protégées. Parmi elles figuraient l’aigle impérial ibérique, l’aigle perdicère, le milan royal, le vautour léonado, la cigogne noire et l’aguilucho cenizo. Le réseau neuronal a été actualisé au cours de l’étude pour incorporer de nouvelles espèces et améliorer la précision de celles qu’il pouvait déjà reconnaître.

Comment fonctionne IdentiFlight pour protéger les oiseaux

IdentiFlight utilise un ensemble de caméras à grand champ visuel qui surveillent en continu l’espace aérien autour des turbines. Lorsque le système localise un objet en mouvement, les caméras stéréoscopiques haute résolution permettent de calculer sa position tridimensionnelle, sa vitesse, son altitude et sa direction de vol.

L’algorithme tente d’identifier l’espèce en quelques secondes et projette sa trajectoire. Lorsque l’estimation indique qu’un oiseau protégé peut entrer dans la zone de risque d’un aérogénérateur, il envoie une instruction au système de contrôle pour réduire la vitesse des pales ou arrêter temporairement cette turbine. Une fois que l’animal quitte la zone dangereuse, la machine peut reprendre son fonctionnement.

Cet arrêt individuel évite de déconnecter l’ensemble du parc éolien à chaque observation. Selon l’explication technique officielle d’IdentiFlight, la plupart de leurs clients enregistrent des pertes annuelles de production inférieures à 1 %, bien qu’il s’agisse d’un chiffre d’entreprise qui peut varier selon l’abondance des oiseaux, la configuration du parc et les conditions environnementales.

Énergie éolienne et mortalité des oiseaux selon les preuves scientifiques

IdentiFlight dispose de résultats antérieurs publiés dans des revues scientifiques. Une étude évaluée par les pairs réalisée au Wyoming a observé une réduction estimée de 85 % de la mortalité des aigles dans le parc équipé du système. Une recherche antérieure avait calculé une réduction de 82 %.

L’étude elle-même de 2022 avertit que l’estimation de 85 % présentait un large intervalle d’incertitude et que le résultat concernait des espèces et un emplacement spécifiques. Par conséquent, il ne peut pas être transféré automatiquement à tous les parcs éoliens ni utilisé comme preuve indépendante du chiffre de 99,88 % communiqué pour l’Espagne.

La protection des grandes espèces d’oiseaux planeurs est particulièrement importante car leur comportement de vol et leur faible taux de reproduction peuvent faire que chaque décès ait un impact démographique considérable. C’est le cas de plusieurs rapaces et des vautours, dont la fonction en tant qu’éliminateurs naturels de carcasses est également abordée dans cette analyse sur l’importance écologique et les menaces auxquelles les vautours font face.

Régulation des systèmes anti-collision dans les parcs éoliens

La principale conclusion des chercheurs de l’Université autonome de Madrid ne se limite pas à la performance d’une marque. Leurs travaux réclament des protocoles homogènes, des critères minimaux de fonctionnement et des vérifications scientifiques indépendantes avant d’intégrer ces dispositifs dans les déclarations d’impact environnemental.

La validation devrait mesurer séparément la capacité de détecter les oiseaux, d’identifier les espèces, d’anticiper les trajectoires, d’ordonner l’arrêt avec suffisamment d’avance et de réduire les collisions réelles. Il faudrait aussi publier les faux négatifs, les arrêts inutiles et les pertes de production, car une seule valeur globale peut masquer des différences importantes entre espèces ou conditions météorologiques.

La technologie ne remplace pas non plus le bon emplacement des parcs, les études préalables sur les itinéraires migratoires ni la surveillance post-construction. Les mesures devraient s’étendre au reste des infrastructures énergétiques associées, en particulier lorsque l’impact des lignes électriques sur les oiseaux continue de provoquer des risques de collision et d’électrocution.

IdentiFlight montre que l’intelligence artificielle peut aider à concilier production éolienne et conservation de la biodiversité par des interventions sélectives. Le chiffre le plus solide de l’évaluation espagnole publiée à ce jour est sa capacité à détecter près de 90 % des oiseaux et à identifier l’espèce dans 97,5 % des cas. La réduction de 99,88 % annoncée par Zefiro Partners est prometteuse, mais nécessitera une publication méthodologique complète et reproductible pour devenir une conclusion scientifique indépendante.

Le livre des résumés et les informations officielles du congrès ont été publiés par SEO/BirdLife.

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