Royaume-Uni autorise en 2026 jusqu’à 30 bateaux à pêcher le thon rouge à 4 tonnes chacun; balises satellites montrent que 22 des 25 suivis reviennent dans la Manche après plus de 300 jours

Le retour du thon rouge de l’Atlantique modifie la donne pour la pêche britannique. En 2026, le Royaume‑Uni autorise jusqu’à 30 embarcations commerciales à le capturer, soit le double des 15 autorisés en 2025, pendant que les scientifiques étudient les déplacements de ces grands prédateurs.

La reprise offre des opportunités pour les ports et les activités de pêche récréative, mais elle oblige aussi à surveiller comment elle est exploitée. Savoir combien d’animaux on peut observer depuis un bateau aide, même s’il faut des données sur les populations, leurs déplacements et leur reproduction pour déterminer les quantités à pêcher.

Les chiffres du thon rouge au Royaume‑Uni

Donnée Chiffre
Quota britannique annuel (2026-2028) 230,56 tonnes
Pêche commerciale en 2026 120 tonnes, soit environ 52 % du quota (calcul personnel)
Bateaux autorisés Jusqu’à 30, avec 4 tonnes chacun
Saison commerciale Du 13 juillet au 31 décembre, 172 jours (calcul personnel)
Longueur hors tout maximale 12 mètres
Thons suivis pendant au moins 300 jours 25, dont 22 sont retournés dans la Manche (88 %)
Thons marqués près de Whitby (août 2026) 5

Jusqu’à 30 bateaux et quatre tonnes par bateau

La quotité annuelle britannique pour 2026, 2027 et 2028 s’élève à 230,56 tonnes. Sur ce total, 120 tonnes sont destinées à la pêche commerciale en 2026, réparties entre 30 bateaux avec quatre tonnes par embarcation. Ces 120 tonnes représentent un peu plus de la moitié du quota annuel, soit environ 52 %.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Les pêcheurs autorisés disposent d’une marge de manœuvre plus grande, mais restent soumis à des conditions précises, comme utiliser une canne et un moulinet, enregistrer les captures et débarquer dans des ports désignés.

La saison commerciale a commencé le 13 juillet et est prévue jusqu’au 31 décembre. Les bateaux participants doivent mesurer au maximum 12 mètres et leurs sorties pour capturer le thon rouge doivent durer moins de 24 heures. Au total, cela fait 172 jours de saison.

Disparu de la mer du Nord dans les années 1960

Le thon rouge faisait déjà partie de la faune britannique avant sa reprise récente. Dans la mer du Nord, il a disparu dans les années 1960, en raison de la surpêche et de l’épuisement des stocks de hareng qui servaient de nourriture à l’espèce.

« Le thon rouge est une espèce autochtone britannique », rappelle Lucy Hawkes, chercheuse à l’Université de Exeter. Le retour n’a pas commencé cet été non plus, puisque une étude publiée en 2021 documentait déjà une augmentation de sa présence dans les eaux britanniques et irlandaises depuis 2014.

Récupération, climat et nourriture, sans une seule cause

Les recherches pointent vers une combinaison de reprise populationnelle et de conditions environnementales. Le travail de 2021 a mis en évidence des relations entre les observations, les estimations d’abondance et une oscillation climatique de l’Atlantique, mais ces associations ne permettent pas d’attribuer le retour à une seule cause.

La nourriture compte aussi, énormément. Exeter a souligné en 2025 qu’il restait à mieux connaître le régime alimentaire local de ces animaux et a lancé une initiative pour analyser les restes de leurs proies par ADN.

Ce travail vise à comprendre quels poissons soutiennent leur présence et comment les protéger. L’idée est simple: préserver un grand prédateur exige aussi de prendre soin de la nourriture dont il dépend.

22 des 25 thons suivis sont revenus dans le canal de la Manche

Les balises électroniques permettent de suivre les thons bien au-delà du lieu où ils ont été capturés. Une étude publiée en janvier 2025 dans Scientific Reports a analysé des animaux marqués entre 2018 et 2021 et a révélé une fidélité notable au canal de la Manche.

Dé placements des 45 thons rouges marqués au Royaume‑Uni et dans les îles du Canal. Image : Horton et al. / Scientific Reports (CC BY 4.0)

Parmi les 25 spécimens suivis pendant au moins 300 jours, 22 sont revenus dans le canal, soit 88 % de cet échantillon. Ce chiffre décrit les animaux étudiés et il convient de le maintenir tel quel pour interpréter les résultats.

Le suivi a également documenté des liens avec le golfe de Biscaye et la Méditerranée, où se trouvent des zones de reproduction. Ces déplacements montrent pourquoi les décisions d’un pays doivent s’inscrire dans une gestion internationale d’une espèce qui traverse sans cesse les frontières.

Cinq thons marqués près de Whitby

Dans le nord‑est de l’Angleterre demeure une autre question en suspens. Le 17 août 2026, Exeter a annoncé que son équipe avait marqué cinq thons au large de Whitby afin d’étudier leur provenance et leurs déplacements.

Les balises enregistrent la lumière, la température et la profondeur, des données qui permettent d’estimer par quels itinéraires les poissons voyagent. Elles sont prévues pour se détacher après deux ans et transmettre des informations par satellite, bien que récupérer physiquement l’appareil offre davantage de détails.

Les pêcheurs collaborent en localisant et en capturant les spécimens pour l’équipe scientifique. Cette coopération apporte une connaissance de la mer et permet d’étudier des animaux dont l’origine restait à élucider lors de l’annonce du projet.

Capture et remise à l’eau sous permis et formation obligatoire

La pêche récréative dans les eaux anglaises fonctionne sur le principe de capture et remise à l’eau et nécessite un permis spécifique. En 2026, elle intègre une formation obligatoire certifiée par Angling Trust, comprenant une partie en ligne et une autre en présentiel sur le bien‑être animal, la manipulation et la sécurité.

Les thons capturés dans le cadre de ce permis doivent rester dans l’eau et être relâchés. De plus, il faut communiquer toutes les sorties à l’autorité compétente, même lorsque l’on retourne au port sans avoir pêché.

Le défi consiste à maintenir ces nouvelles opportunités économiques sur plusieurs années sans compromettre la récupération. Le guide officiel de cette activité, mis à jour le 3 septembre 2026, a été publié par l’Organisation de Gestion Marine britannique sur GOV.UK.

Image : Université de Exeter

A lire également