Résilience climatique : Bruxelles veut que l’UE prépare son économie à un monde trois degrés plus chaud
Le plan de résilience climatique prévoit d’intégrer les risques du réchauffement dans les investissements et les infrastructures, avec des besoins d’adaptation estimés à 70 milliards d’euros par an.
Concevoir une route, déterminer où investir ou attribuer un marché public exige de prévoir le climat à venir. Bruxelles affirme que la résilience climatique doit faire partie des choix politiques et économiques des États membres de l’UE, en se basant sur un scénario de réchauffement climatique de trois degrés d’ici la fin du siècle.
La proposition vise à anticiper des pertes qui pèsent déjà sur l’économie européenne, car les phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes ont généré environ 200.000 millions d’euros de dommages directs entre 2022 et 2025. La Commission européenne propose de passer de la réaction après la catastrophe à une prévention fondée sur les conditions futures de chaleur, d’inondations et de sécheresse.
Le nouveau cadre prévoit d’intégrer ces risques dans les infrastructures, les investissements et la coordination économique européenne. Se préparer pour ce scénario vient compléter la réduction des émissions. Le paquet devra être négocié avec le Conseil et le Parlement européen et propose que les pays disposent de leurs plans nationaux de résilience climatique d’ici décembre 2030.
La CE mise sur la résilience climatique
La Commission européenne souhaite que les États membres de l’UE intègrent systématiquement les risques climatiques dans leurs décisions politiques et économiques, en prenant comme référence un réchauffement global de trois degrés pour la fin du siècle, afin d’adapter l’Europe à une réalité climatique de plus en plus extrême.
Voici l’un des objectifs du nouveau cadre européen de résilience climatique que l’exécutif communautaire a présenté mardi, incluant des mesures législatives pour anticiper les effets du changement climatique sur les infrastructures, les investissements et les divers secteurs économiques.
«L’Europe n’est pas suffisamment préparée et c’est notre responsabilité de minimiser les coûts et les souffrances que cela implique», a déclaré la vice‑présidente de la Commission européenne responsable de la Transition Propre, Juste et Compétitive, Teresa Ribera.
La proposition de l’Exécutif vise à établir une culture de prévention qui permette de passer de la réaction face aux catastrophes à la préparation, car « nous ne pouvons plus agir comme si le climat n’avait pas changé », indiquent des sources communautaires.
Les modèles sur lesquels travaille Bruxelles prévoient un réchauffement global de deux degrés pour le milieu du siècle et de trois degrés pour 2100, un scénario que la Commission souhaite utiliser comme référence commune pour évaluer les risques et concevoir des mesures d’adaptation, bien que l’on utilise aussi des scénarios où l’Europe pourrait se réchauffer jusqu’à 5 degrés.
Depuis l’Exécutif, on souligne que se préparer à ce scénario ne signifie pas renoncer aux objectifs de réduction des émissions, mais compléter les efforts par des mesures pour faire face aux conséquences.
Légiférer sans trop de bureaucratie
L’initiative arrive à un moment délicat du débat politique européen, marqué par le recul de certaines initiatives environnementales et les pressions pour alléger les charges administratives pesant sur les entreprises, ce qui pousse la Commission à rechercher un équilibre entre nouvelles exigences de prévention et simplification normative.
L’objectif est d’intégrer l’évaluation des risques dans des décisions telles que les marchés publics, la planification des infrastructures ou les investissements, en tenant compte des conditions climatiques futures. Il est également prévu d’intégrer l’analyse de la résilience climatique dans le Semestre européen, le mécanisme de coordination des politiques économiques de l’UE.
Ce mercredi, la Commission européenne lancera un outil numérique, dénommé « European Climate Viewer » (Visor Européen du Climat), pour visualiser les risques climatiques dans différents scénarios et territoires, avec des applications comme l’évaluation de la vulnérabilité des réseaux ferroviaires.
Ne pas s’adapter entraîne des coûts très élevés
Entre 2022 et 2025, les pertes économiques directes liées à des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes se sont élevées à environ 200.000 millions d’euros dans l’UE, contre une moyenne annuelle de 8,6 milliards dans les années 1980. Chaque euro investi aujourd’hui dans la résilience climatique contribue à protéger les emplois, les entreprises et les moyens de subsistance de demain, a déclaré le commissaire européen chargé du Climat, Wopke Hoekstra.
La Commission estime que l’adaptation de l’économie européenne nécessitera des investissements d’environ 70.000 millions d’euros par an dans la résilience climatique, mais elle souligne que ceux-ci peuvent générer des retours de deux à dix fois leur valeur en pertes évitées, ou même davantage dans certains cas.
Selon des estimations conservatrices de la Commission, la chaleur a provoqué des pertes équivalentes à 0,17 % du PIB de l’UE entre avril et septembre de cette année, tandis que seulement un quart des dommages climatiques est assuré. Les risques liés au réchauffement figurent déjà même dans les informations financières que les grandes entreprises technologiques fournissent aux investisseurs.
Anthropic, le géant de l’intelligence artificielle à l’origine de Claude, avertissait hier, lundi, dans son prospectus de cotation sur le marché boursier que « des températures moyennes plus élevées peuvent accroître la consommation d’électricité et d’eau nécessaire pour refroidir les équipements » et, ce faisant, augmenter ses coûts opérationnels.
Les sources ont également cité les récentes pluies torrentielles à Valence pour illustrer les conséquences économiques d’une prévention insuffisante et ont averti que les entreprises pourraient revoir leurs investissements dans des territoires vulnérables si leur protection n’est pas renforcée.
Mais Bruxelles vise non seulement à réduire les coûts, mais aussi à créer de la richesse. Le marché mondial des technologies d’adaptation pourrait atteindre 3,5 billions d’euros d’ici 2050, et l’Europe veut capter une grande partie de ce secteur.
Le paquet législatif, qui devra être négocié avec les États membres (le Conseil) et avec le Parlement européen, ne disposera pas d’un financement additionnel spécifique, car les ressources nécessaires sont incluses dans la proposition de budget pluriannuel de l’UE pour 2028-2034, actuellement en négociation.
Selon la proposition de la Commission, les Vingt‑sept devraient avoir leurs plans nationaux de résilience prêts d’ici décembre 2030.
Une urgence climatique qui est déjà une réalité
L’urgence était déjà quantifiée avant cette proposition. La première Évaluation européenne des risques climatiques, publiée en 2024 par l’Agence européenne pour l’environnement, a identifié 36 grands risques pour l’Europe : plus de la moitié nécessitaient des mesures supplémentaires immédiates et huit étaient particulièrement urgents.
Parmi les priorités de cette évaluation figuraient protéger la population face à la chaleur et renforcer les défenses contre les inondations et les incendies. Ce diagnostic montre pourquoi les décisions d’investissement actuelles sont vitales: de nombreuses mesures d’adaptation nécessitent des années avant d’être opérationnelles.
