Le CSIC chiffre le risque climatique lié à la migration du thon rouge : la pêche ne peut l’ignorer
La migration du thon rouge est associée à des fenêtres thermiques étroites : le réchauffement pourrait modifier ses corridors et place les administrations devant une exigence incontournable d’améliorer la gestion de la pêche.
La situation du thon rouge empire de plus en plus
La migration du thon rouge pose un défi immense que la gestion des pêches ne peut plus ignorer. Les chercheurs de l’IEO-CSIC et de l’Imedea ont vérifié les températures de surface entre l’Atlantique et la Méditerranée. Le réchauffement des eaux marines le long de leurs itinéraires pourrait déplacer ou comprimer les corridors si la situation n’est pas renversée.
La recherche apporte un outil clé qui permettrait de protéger cette espèce. Elle augmente aussi les exigences en matière de gestion de sa pêche : la capture sans évaluer l’aspect environnemental reviendrait à éviter de résoudre un aspect important du problème.
Cela ne démontre pas que les itinéraires aient déjà changé en raison du réchauffement. Son avertissement est conditionnel, mais mérite attention : préserver le thon exige d’étudier comment son habitat évolue. La réponse politique doit être à la hauteur des connaissances disponibles.
La migration du thon rouge met la gestion des pêches à l’épreuve
L’étude a été publiée dans Fisheries Oceanography et identifie deux fenêtres thermiques clairement différenciées. À l’entrée dans la Méditerranée, les températures de surface se situaient entre 17,4 et 19,3 degrés, mais à la sortie vers l’Atlantique, l’intervalle avait changé et allait de 18,4 à 22 degrés. Les chercheurs ont centré leur analyse sur le détroit de Gibraltar et la baie de Cadix.
Ils ont combiné les données des marques électroniques implantées sur les thons et les informations satellitaires fournissant la température de surface. Ainsi, ils ont mis en relation les mouvements enregistrés avec les conditions marines. La migration du thon rouge apporte une série d’évidences environnementales qui doivent être prises en compte dans la gestion de l’espèce.
La portée présente des limites claires : ces intervalles ne constituent pas des frontières absolues de survie ni ne démontrent pas que les spécimens puissent apparaître en dehors d’eux. Exagérer les résultats affaiblirait précisément ce qui les rend précieux : apporter des repères observés pour comprendre leurs déplacements.
Mais respecter ces limites ne justifie pas non plus d’ignorer la découverte. Les autorités disposent d’un outil additionnel pour évaluer l’habitat. Une gestion qui se passe d’informations environnementales pertinentes devrait expliquer pourquoi elle renonce à améliorer ses décisions concernant cette espèce.
La mer peut modifier les itinéraires : ignorer le climat n’est pas gérer
Les auteurs ont élaboré un indice d’adéquation thermique pour localiser des zones et des périodes présentant des températures compatibles avec celles observées lors des voyages. Puis ils l’ont appliqué à treize années de données de température de surface, en examinant la variabilité spatiale et temporelle.
La migration du thon rouge apparaît ainsi liée à un milieu en évolution. Les conditions océanographiques influencent ses mouvements, sa répartition et son comportement. Les captures ne peuvent donc pas être interprétées comme si la mer était une scène fixe et détachée de l’analyse.
L’étude pointe une menace concrète : si l’usage de l’habitat thermique demeure aussi restreint que le suggèrent les résultats, le réchauffement progressif pourrait déplacer ou comprimer les corridors. Il pourrait aussi modifier les périodes de passage des poissons et l’endroit où ils croisent les zones de pêche.
C’est une possibilité, et non une transformation déjà démontrée par ce travail. C’est précisément pour cela qu’elle nécessite un suivi et une évaluation. Attendre qu’un problème soit consommé pour intégrer le climat serait une réponse pauvre face à une recherche qui permet de poser de meilleures questions.
Les almadrabas et la biodiversité méritent quelque chose de plus que la routine
Enrique Sánchez-Fabrés, premier auteur et chercheur au Centre Océanographique des Baléares, souligne l’importance de comprendre l’influence environnementale lors de la conservation et de la gestion de l’espèce. Il évoque les effets potentiels sur la capturabilité dans les pêcheries traditionnelles, y compris les almadrabas.
La migration du thon rouge revêt également une dimension écologique majeure, qui dépasse l’enjeu commercial. Ce superprédateur joue un rôle fondamental dans sa zone de répartition. Réduire sa gestion au seul volume capturé reviendrait à ignorer l’équilibre des écosystèmes qui soutiennent ses déplacements.
Cette recherche fait partie de TunaMed, l’Observatoire des habitats des thonidés en Méditerranée, coordonné par le Centre baléaire. Son travail étudie la variabilité environnementale et le changement climatique chez les thonidés et d’autres grands pélagiques. La migration du thon rouge nécessite cette continuité scientifique.
Un calcul résume la différence entre les phases : la fenêtre d’entrée couvre 1,9 degrés et celle de sortie 3,6 degrés, soit presque le double. Ce ne sont pas des marges de tolérance physiologique, mais les amplitudes des intervalles observés. La migration du thon rouge mérite des décisions capables de gérer cette complexité : la simplifier pour soutenir des inerties pesquères serait tourner le dos à la connaissance.
