Relations interspécifiques : types et exemples, du mutualisme à la compétition
Dans la Vallée de Matachel (Badajoz), les renards et les meloncillos ont chuté d’environ 80 % après la libération des lynx ibériques. Cette mesure a été établie par une étude publiée dans Biological Conservation par l’IREC, l’Estación Biológica de Doñana et d’autres centres, et relayée par le Ministère pour la Transition écologique en septembre 2019. Ce cas résume ce que sont les relations interspécifiques : les liens entre des individus de différentes espèces, qui peuvent avantager, léser ou laisser les deux parties sans différence.
Les relations intra-spécifiques sont celles qui se nouent au sein d’une même espèce : une meute de loups, une colonie d’abeilles, deux mâles de cerf qui se disputent lors de la période des rutings. Les relations interspécifiques franchissent cette frontière. Le lynx et le lièvre. Le lynx et le renard. Une fleur et l’insecte qui la visite.
Aucune espèce ne vit seule. Toutes font partie de la nature et de ses éléments biotiques et abiotiques, et le vivant s’établit avec le vivant de multiples façons. Les manuels d’écologie organisent ces relations en fonction de qui gagne (+), qui perd (−) et qui est neutre (0).
Les types, un par un
- Mutualisme (+/+). Les deux espèces en tirent un avantage mutuel.
- Commensalisme (+/0). Une profite et l’autre n’en bénéficie ni n’en souffre.
- Parasitisme (+/−). L’un vit aux dépens de l’autre, généralement sans le tuer immédiatement.
- Déprédation (+/−). Une espèce chasse et se nourrit de l’autre.
- Compétition (−/−). Les deux se gênent puisqu’elles recherchent la même ressource.
- Amensalisme (0/−). Une espèce nuit à l’autre sans en tirer gain direct.
Le mutualisme est le plus répandu et connu. Un exemple type figure dans les manuels avec les pollinisateurs comme les abeilles, qui dépendent des fleurs tout en aidant ces dernières à se reproduire : l’abeille emporte le nectar et le pollen, et la plante peut se reproduire. Dans ECOticias, nous avons déjà parcouru le mutualisme animal à travers neuf exemples, donc nous ne les répétons pas ici.
Le comensalisme est plus discret. Une espèce exploite l’autre (son abri, ses restes de nourriture, son transport) sans la blesser ni l’aider. L’exemple scolaire typique est celui d’un oiseau qui nidifie dans le creux d’un arbre : l’oiseau obtient un lieu sûr et, en principe, l’arbre n’en subit rien. La difficulté réside dans la démonstration de ce « 0 », car parfois l’autre espèce subit un coût ou bénéficie d’un petit avantage qui passe inaperçu.
Le parasitisme est une relation inégale. Le parasite s’alimente ou se loge dans l’hôte, qui en souffre. Il peut vivre à l’intérieur, comme de nombreuses vers intestinaux, ou à l’extérieur, comme les puces et les tiques. Il existe aussi des parasitismes de reproduction : certaines espèces déposent leurs œufs dans les nids d’autres pour que quelqu’un d’autre élève leurs poussins. Le coucou est l’exemple le plus cité.
Parasitisme et déprédation: où se situe la différence
Les deux relations présentent le même signe (+/−), et c’est pourquoi elles peuvent prêter à confusion lors des examens.
Le prédateur tue sa proie et la dévore, généralement en une seule fois. Le parasite, lui, vit sur ou dans son hôte pendant des jours, des mois ou des années, et il est dans son intérêt que ce dernier reste vivant, car il constitue son habitat et sa réserve alimentaire. Un lynx qui chasse un lièvre est un exemple de déprédation. Une tique accrochée à ce même lièvre est un exemple de parasitisme.
Le lynx peut aussi servir à évaluer le degré de dépendance du prédateur envers sa proie. Selon le Programme de Conservation Ex-situ du Lynx Ibérique, il s’agit d’un prédateur spécialiste du lièvre et son régime se compose entre 85 et 100 % de ce lagomorphe. Si le lièvre devient rare, le lynx le ressent. Dans cette relation, la proie fixe le rythme du chasseur. C’est pourquoi les prédateurs comme le lynx, qui régulent leurs proies, sont aussi régulés par elles.
Compétition: le cas du lynx, du renard et du meloncillo
La compétition apparaît lorsque deux espèces ont besoin de la même chose et qu’il n’y en a pas assez pour toutes. Nourriture, territoire, eau, lumière. Les deux en souffrent, chacun recevant moins qu’il ne disposerait si l’autre n’existait pas. En pratique, elle est souvent asymétrique, et l’espèce dominante peut finir par déloger ou tuer l’autre.
L’étude de Matachel constitue un bon exemple de compétition entre carnivores dans la péninsule ibérique. Renards, meloncillos et lynx chassent le lièvre. Selon les chercheurs, le lynx est en concurrence avec des carnivores plus généralistes et, finalement, les dépêche ou les déplace de leur territoire. Deux ans après la réintroduction, ils avaient disparu de la zone, soit par abandon des lieux, soit par la prédation des lynx, au moins 19 renards, 11 meloncillos, 3 martres et 1 chat sauvage, selon la note du MITECO.

L’effet a été en cascade. La consommation de lièvre par l’ensemble des carnivores a chuté de 55,6 %, et ce recul a permis au lièvre et à la perdrix rouge de se reconstituer dans les zones occupées par le lynx. Ici se mêlent trois types de relations simultanément : déprédation (lynx et lièvre), compétition (lynx et renard pour le lièvre) et prédation entre carnivores (le lynx tue certains de ses concurrents).
L’amensalisme est le moins cité. Une espèce nuit à une autre sans en tirer de bénéfice. L’exemple classique est celui d’un grand arbre dont l’ombre empêche toute croissance des plantes plus petites en dessous : l’arbre s’en fiche, mais les plantes situées dessous en souffrent. Certains auteurs considèrent cela comme une forme de compétition extrêmement déséquilibrée.
Les relations ne sont pas fixes
Ces étiquettes restent des simplifications. La même paire d’espèces peut passer d’un type de relation à un autre selon le lieu, la saison ou les conditions environnementales.
Pour pratiquer avant l’examen
Six questions de type examen pour classifier les relations. Les réponses se trouvent à la fin.
- Un lynx chasse un lièvre. Quel type de relation est-ce ?
- Un renard et un lynx chassent des lièvres sur la même propriété. Quelle relation existe-t-il entre le renard et le lynx ?
- Une abeille visite une fleur et emporte du pollen. Qui gagne ?
- Une tique vit sur un cerf. Quel est le signe de cette relation ?
- Explique en une phrase la différence entre parasitisme et déprédation.
- Une petite plante ne pousse pas parce qu’un arbre lui retire la lumière, et l’arbre n’est pas affecté. Comment appelle-t-on cela ?
Réponses : 1, déprédation (+/−). 2, compétition (−/−) ; à Matachel, le lynx a fini par déloger ou tuer des renards. 3, gagnent les deux : mutualisme (+/+). 4, parasitisme (+/−). 5, le prédateur tue et mange sa proie en une fois ; le parasite vit de l’hôte pendant un temps sans le tuer immédiatement. 6, amensalisme (0/−).
