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Changement climatique, long terme et littérature

Lorsqu’on réfléchit à la croissance économique à long terme, le changement climatique est un facteur pertinent. Il ne s’agit pas seulement de faire face aux pertes immédiates dues aux événements météorologiques extrêmes qui, une fois le choc initial surmonté, finissent par être atténuées économiquement par des dépenses publiques, des paiements d’assurance lorsque cela est justifié et par une reconstruction privée. Premièrement, parce que certains leviers peuvent ne pas être disponibles, comme cela se produit dans les économies moins développées ou dans les zones géographiques plus exposées. Deuxièmement, parce que même si l’activité et l’emploi reprennent, les actifs naturels se détériorent, par exemple avec la perte de biodiversité : avec un incendie, le service rendu par la forêt en tant qu’attraction touristique disparaît, ou avec des sécheresses ou des inondations, le capital du secteur primaire est détruit. En outre, les événements climatiques aigus ne surviennent pas seuls, il existe des changements tendanciels dans le niveau et la volatilité des températures qui affectent la capacité de croissance à long terme en impactant le modèle économique de la construction, de l’agriculture ou du tourisme, laissant de côté les effets négatifs sur la santé de la population.

Dans le jargon économique, le changement climatique dérivé du réchauffement climatique agit comme une offre négative qui réduit le PIB potentiel, sa capacité productive durable, en accélérant la dépréciation des facteurs productifs et en réduisant leur productivité. Le consensus dans la littérature académique, examiné dans une récente publication de BBVA Research, est clair quant aux impacts si aucune action n’est prise contre le changement climatique : des pertes qui augmentent avec le temps, qui peuvent sembler limitées en moyenne mondiale (quelques points de pourcentage du PIB, et non des dizaines), mais avec des « queues grasses » dans leurs fourchettes, à la fois en raison des différences selon la géographie et les niveaux de revenus (les économies les moins développées souffrent davantage) et en raison de l’incertitude dérivée des différentes approches analytiques utilisées.

La littérature s’accorde également sur le fait que les politiques alignées sur une transition ordonnée, crédible et rapide vers une économie à faibles émissions de carbone, combinées à des investissements dans l’adaptation, peuvent compenser les dommages physiques et, avec suffisamment d’ambition, avoir un impact positif sur le PIB potentiel à long terme.

Les voies pour y parvenir sont bien connues : davantage d’investissements dans les technologies propres par rapport aux procédés basés sur l’énergie d’origine fossile, moins efficaces, avec un frein à l’innovation et à la productivité globale. Et l’on sait également pourquoi les ambitions ne sont pas suffisamment alignées à l’échelle mondiale pour que l’objectif de température de l’Accord de Paris ne se situe pas dans la fourchette de l’improbable : les réalisations à long terme nécessitent des coûts à court terme pour internaliser le coût social des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Des mesures redistributives, avec des gagnants et des perdants qui doivent être décidées et mises en œuvre par la société. La littérature économique ne suffit pas.

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