Deux candidats au Congrès disparaissent dans différentes régions de Colombie
Malgré toutes les inquiétudes suscitées par la menace généralisée de violence politique en Colombie, deux candidats aux élections législatives du 8 mars ont été portés disparus dans différentes régions du pays, très éloignées l'une de l'autre. Il s'agit d'Ana Guetio, candidate à l'un des sièges dits de paix à la Chambre des représentants, qui vivait dans le département en difficulté du Cauca, et d'Andrés Vásquez, candidat conservateur au Sénat, qui rendait visite à son père à Cesar, à près de mille kilomètres de là.
L'équipe de campagne de Guetio, une indigène de la Nasa qui brigue l'un des sièges créés pour garantir la représentation des victimes, a perdu sa trace mercredi soir alors qu'elle se dirigeait vers la municipalité de Morales, Cauca. Au moment de sa disparition, expliquent-ils dans un communiqué, il exécutait son agenda public dans le cadre de la clôture de la campagne dans les départements voisins de Nariño et Cauca, sur la plateforme Pacifique, et il venait de tenir une réunion avec des citoyens de la municipalité d'El Tambo. « Face à cette situation grave, nous demandons de toute urgence à ceux qui disposent d'informations sur le lieu où il se trouve, aux autorités compétentes et aux organisations de défense des droits de l'homme, d'activer tous les mécanismes nécessaires pour garantir sa libération rapide et son retour vivant », indique le texte.
Ces 16 sièges de la Chambre – officiellement connus sous le nom de circonscriptions spéciales de transition pour la paix, ou Citrep – représentent les victimes du conflit dans les territoires les plus touchés par la guerre, où des plans de développement particuliers – ou PDET, dans le jargon gouvernemental – sont mis en œuvre. Guetio, en effet, est une leader qui a fait partie de la table nationale des victimes, a fait partie du Conseil régional indigène du Cauca et est soutenue dans sa candidature par la réserve indigène du Honduras, à Morales. L'analyse des facteurs de risque électoral pour les circonscriptions des sièges de la paix révèle une augmentation alarmante de la gravité des dangers que connaissent ces régions, selon la Mission d'observation électorale (MOE), une préoccupation qu'elle partage avec d'autres entités, comme le Bureau du Défenseur du peuple. Dans le Cauca même, sans aller trop loin, un des dissidents de la guérilla disparue des FARC a gardé ce mois-ci en otage la sénatrice indigène Aida Quilcué pendant plusieurs heures.
« Mon territoire, Cauca, refuse de continuer à être un territoire condamné à la peur et à la douleur », a déclaré la vice-présidente Francia Márquez à propos du département dans lequel elle est née. « Nous exigeons la reddition, dans le respect de la vie, de la dignité et de l'intégrité, d'Ana Guetio. »
Le Parti conservateur a également confirmé la disparition de son candidat au Sénat, l'avocat Andrés Vásquez, qui rendait visite à son père à Pelaya, Cesar, et envisageait de se rendre à Aguachica, à proximité, pour une réunion. Mercredi matin, sa famille a retrouvé son véhicule inoccupé, les portes ouvertes et son téléphone portable, son portefeuille et d'autres effets personnels à l'intérieur. « Nous demandons aux autorités d'activer tous les protocoles pour leur localisation, tandis que nous exigeons du gouvernement national protection et sécurité pour les candidats », a écrit la communauté sur ses réseaux sociaux au moment de porter plainte. Jusqu'à présent, il n'y a pas plus de détails sur une situation que les proches qualifient d'enlèvement, mais que les autorités maintiennent dans la catégorie de disparition.
« Nous agissons avec toute la capacité et la détermination de la Force publique pour les retrouver et les ramener sains et saufs chez eux », a réagi sur ses réseaux sociaux le ministre de la Défense, le général à la retraite Pedro Sánchez, à propos des deux cas. « La Force Publique ne permettra pas que la peur ou la violence interfère dans l'exercice des droits politiques dans aucun coin du pays », a-t-il ajouté dans un message dans lequel il promet une confidentialité et une protection absolues aux citoyens qui disposent d'informations permettant de localiser les candidats.
Dans une campagne déjà ébranlée depuis l'année dernière par l'assassinat du sénateur et candidat à la présidentielle Miguel Uribe Turbay à Bogotá, la violence guette. Dans un climat de dégradation de la sécurité, marqué par l'assassinat de leaders sociaux, les Colombiens s'apprêtent à retourner aux urnes pour les élections législatives et présidentielles de 2026. Dans plusieurs régions, à la montée des violences s'ajoutent les dangers de fraude. Dans la perspective des élections nationales de 2026, sur les 1 100 municipalités que compte la Colombie, il y en a 170 qui présentent un certain niveau de risque électoral où coïncident des facteurs révélateurs de fraude et de violence, selon ceux du ministère de l'Éducation. Sur ces 170 communes, 81 sont à risque extrême, 51 à risque élevé et 38 à risque moyen, détaille cette étude.
La plateforme colombienne du Pacifique concentre les municipalités présentant le plus grand risque électoral extrême, notamment à Cauca, mais aussi à Valle del Cauca et Chocó. Vient ensuite la région de Catatumbo, frontalière avec le Venezuela, qui a été le théâtre d'une crise humanitaire d'une ampleur énorme en raison des affrontements entre l'ELN et d'autres dissidents des FARC. D'autres sources d'alerte se trouvent à Arauca, également à la frontière, où les gardes du corps du sénateur Jairo Castellanos ont été abattus au début du mois, en plus du département de jungle de Guaviare et du Cauca moyen et inférieur d'Antioquia.
