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Fièvre minière en Amazonie : le prix du progrès doit être à la COP30

L’Amazonie, cœur climatique de la planète, est devenue une frontière clé de la nouvelle géopolitique des minéraux critiques : ceux dont le monde a besoin pour produire des batteries, des panneaux solaires, des turbines et même des armes de haute technologie. Du niobium et du tantale à l’étain et aux terres rares, ces minéraux recèlent à la fois la promesse d’une transition énergétique « verte » et l’expansion des industries militaires. Mais derrière cet avenir propre se cache une réalité : les fondations de l’économie de demain se construisent avec les ressources amazoniennes obtenues dans des conditions de violence, d’illégalité et de dévastation environnementale.

Pendant près d'un an, l'enquête d'Amazon Underworld a documenté comment les groupes armés, les réseaux commerciaux et les représentants de l'État contrôlent l'extraction minière dans les zones à forte biodiversité et les territoires autochtones du Brésil, de la Colombie et du Venezuela. Nous constatons un système qui mêle précarité économique locale et flux de capitaux mondiaux : des communautés entières soumises au travail forcé, au recrutement d’enfants, à la violence sexuelle et au déplacement, tandis que les chaînes de valeur internationales restent opaques et incontrôlées.

Le plus grand déséquilibre ne réside pas seulement dans le terrain, mais aussi dans la connaissance. Dans une grande partie de la région amazonienne, l’extraction a lieu sur ce que l’on appelle les « sables noirs », des mélanges minéraux contenant du niobium, du tantale, de l’étain, du titane et des terres rares. L'identification de sa composition nécessite des équipements de laboratoire sophistiqués, des investissements en géologie et des capacités techniques qui sont aujourd'hui limitées, voire inexistantes, dans la plupart des pays amazoniens.

De ce fait, de nombreux États exportent des matières premières sans savoir précisément quels minéraux ou éléments elles contiennent ni quelle est leur valeur réelle sur le marché international. Les communautés locales et informelles, qui extraient et commercialisent ces matériaux, ne disposent pas non plus des informations ni des outils nécessaires pour négocier équitablement.

Pendant ce temps, la Chine – qui représente plus de 90 % de la capacité mondiale de raffinage des terres rares – et d'autres acheteurs internationaux savent exactement ce qu'ils achètent. Ce déficit de connaissances reproduit une vieille logique coloniale : les pays consommateurs conservent le pouvoir de définir le prix, la destination et le discours de la transition énergétique, tandis que le Sud fournit les corps, les territoires et les risques.

Le différend sur les minéraux critiques redéfinit la politique internationale et environnementale. Dans différentes régions, les discours sur la transition énergétique, le développement économique et la sécurité nationale s’entremêlent, générant des tensions entre durabilité, souveraineté et coopération.

En Amérique du Sud, des pays comme le Brésil, la Colombie et le Pérou sont confrontés à un double défi : protéger les écosystèmes amazoniens et les communautés locales, tout en répondant aux pressions de l’économie mondiale et à la demande croissante de minéraux stratégiques. Cet équilibre fragile se reflète dans les débats nationaux sur l’exploitation minière dite « stratégique », qui cherche à combiner croissance et responsabilité socio-environnementale, mais est souvent déployée sans consultation adéquate ni mécanismes de contrôle efficaces.

Aux États-Unis, les discussions sur la transition énergétique sont de plus en plus liées à la sécurité nationale et à l’indépendance technologique, tandis que la Chine consolide son leadership dans le raffinage et la transformation des terres rares, en favorisant les accords bilatéraux et les investissements dans les infrastructures en Amérique latine.

Bien que ces dynamiques mondiales soient prometteuses d’innovation et de développement, elles transfèrent également vers les pays du Sud les coûts environnementaux et sociaux d’une économie dépendante de matériaux rares. Dans ce scénario interconnecté, l’Amazonie devient le maillon le plus vulnérable d’une chaîne mondiale de dépendance : elle fournit les ressources qui soutiennent la transition énergétique, mais elle subit de manière disproportionnée les impacts et les coûts humains de ce processus.

Dans ce contexte, la COP30 qui se tient à Belém représente une opportunité unique de renforcer la coopération internationale autour des minéraux critiques de l'Amazonie. Plus qu’une discussion technique, il s’agit d’un débat éthique et politique sur la manière de garantir que la transition énergétique soit juste, transparente et véritablement mondiale.

Il est essentiel de promouvoir la traçabilité, le devoir de diligence et les mécanismes de réparation socio-environnementale, tout en reconnaissant les capacités locales et le rôle des communautés comme alliées dans la protection des territoires. Aucune transition ne sera durable si elle répète les schémas d’inégalités qui ont marqué l’histoire de l’extractivisme et qui ont des effets dévastateurs sur des écosystèmes fragiles comme l’Amazonie.

L'Amazonie n'est pas une mine ni une métaphore. C’est une région vivante, habitée par des gens qui prennent soin des terres que le monde cherche désormais à sauver depuis des siècles. Les écouter et renforcer leur participation est la véritable mesure du progrès.

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