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Gaz naturel et gisements non conventionnels : une stratégie pour la souveraineté énergétique, la croissance et le bien-être au Mexique

Le Mexique consomme de plus en plus de gaz naturel, mais en produit de moins en moins. Aujourd’hui, environ 75 % de la demande est couverte par les importations, principalement en provenance des États-Unis. Dans ce scénario, la stratégie présentée mercredi dernier par la présidente, Dr Claudia Sheinbaum Pardo, place le gaz au centre de la politique énergétique nationale, non seulement comme intrant, mais comme axe de stabilité du système.

Le point de départ est clair. Il existe une forte dépendance extérieure et, en outre, une forte concentration dans quelques points d'admission : cinq d'entre eux concentrent près de 70 % du flux total. Ce n’est pas mineur, car cela implique des risques opérationnels et géopolitiques importants. En fait, le Mexique est exposé à des variations de prix, à des événements climatiques et à des décisions réglementaires indépendantes de sa volonté, ce qui limite la certitude de l'approvisionnement et conditionne le développement régional.

Cette vulnérabilité n'est plus théorique. Le système énergétique mexicain a été confronté à des épisodes critiques, notamment lors des hivers aux États-Unis. Le cas le plus évident a été la tempête hivernale du Texas en février 2021, qui a provoqué le gel d’infrastructures clés, des puits aux pipelines. Le résultat a été immédiat : interruptions du flux de gaz vers le Mexique, coupures de courant dans au moins 12 États, impacts sur des millions d'utilisateurs et augmentation significative des coûts du système électrique, qui ont dépassé les 20 milliards de pesos.

Le problème sous-jacent était plus profond. Le système électrique du Texas a failli s'effondrer, en grande partie parce que ses infrastructures n'étaient pas préparées à des conditions extrêmes. Pour le Mexique, cela a mis en évidence quelque chose d’essentiel : lorsque l’approvisionnement dépend d’une seule région, toute perturbation externe devient un risque systémique interne. Et le plus important est que ces événements ne sont pas isolés. En 2026, face à de nouvelles tempêtes hivernales, les protocoles d’urgence ont été à nouveau activés, confirmant que la fragilité persiste.

À cela s’ajoute un contexte international plus complexe. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a clairement montré à quel point la dépendance au gaz peut devenir un problème de sécurité nationale. En Europe, la pression sur l’offre pendant l’hiver a obligé à repenser l’ensemble des stratégies énergétiques. Contrairement au pétrole, les marchés du gaz sont régionaux, la capacité de chaque pays à gérer ses propres stocks devient donc déterminante.

Ici, le Mexique est confronté à l’une de ses principales faiblesses. Le pays ne dispose que de l’équivalent de 2,4 jours de stocks de gaz naturel, bien en dessous de pays comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne. Cela signifie que la marge de réaction à une interruption est pratiquement inexistante. En d’autres termes, il n’y a pas suffisamment de réserves pour faire face aux chocs d’offre.

Ce retard contraste avec l’expérience des États-Unis. Au début des années 2000, ce pays était également confronté à une forte dépendance énergétique. Cependant, le développement du (issu de la combinaison du forage horizontal et de la fracturation hydraulique) a complètement transformé sa position. En moins de deux décennies, il est passé du statut d'importateur important à celui de premier producteur mondial de gaz naturel, avec des niveaux dépassant 110 milliards de pieds cubes par jour, accompagnés d'investissements importants dans les infrastructures de transport et de stockage.

Au-delà du volume de production, ce qui compte c’est la capacité de réponse que cela donne à votre système énergétique. Les États-Unis non seulement produisent davantage, mais ils peuvent aussi mieux gérer leurs fluctuations. Le Mexique, en revanche, continue de dépendre d’un flux continu en provenance de l’étranger, sans disposer de mécanismes suffisants pour gérer cette dépendance.

Dans le même temps, le gaz naturel s’est imposé comme la base du système énergétique mexicain. En 2023, elle représentait environ 58,8% de la production électrique, et le secteur électrique concentre plus de la moitié de la consommation totale. L'industrie, de son côté, continue de prendre du poids, notamment dans un contexte de délocalisation des chaînes de production. Par ailleurs, la croissance a été soutenue : la consommation pour la production d’électricité a augmenté d’environ 60 % entre 2012 et 2024.

Cela explique pourquoi la demande va continuer à croître. Le gaz n’est pas seulement un intrant énergétique, c’est un facteur de compétitivité. Détermine les coûts de production, la viabilité des projets industriels et les conditions pour attirer les investissements.

Face à ce panorama, la stratégie énergétique 2026 propose un ajustement pertinent : réduire la dépendance externe par le renforcement interne. Cela implique : Augmenter la production nationale, tant dans les domaines conventionnels que non conventionnels ; profiter du potentiel des ressources disponibles; développer les infrastructures de transport et de stockage et articuler le rôle du gaz avec la transition énergétique, parallèlement à l’augmentation des énergies renouvelables.

Dans ce contexte, le développement des gisements non conventionnels revient dans le débat.

La fracturation hydraulique est une technique qui permet d'extraire du gaz de formations peu perméables en injectant de l'eau, du sable et des additifs à haute pression pour générer des fractures dans la roche. Contrairement aux champs conventionnels, où le gaz circule naturellement, une intervention technologique intensive est ici nécessaire pour le rendre viable.

La stratégie reconnaît à la fois son potentiel et ses défis, en intégrant des avancées techniques pour atténuer les impacts, tels que l'utilisation d'eau non potable, la réutilisation de fluides et des systèmes de surveillance environnementale. Pour autant, le débat n’est pas seulement technique, mais aussi social et réglementaire.

À l’heure actuelle, le gaz naturel occupe une place centrale dans la stratégie énergétique du pays. En raison de ses émissions plus faibles par rapport aux autres combustibles fossiles et de sa capacité à soutenir l’intégration des énergies renouvelables, il devient un élément clé pour évoluer vers un système plus propre, sans compromettre la stabilité de l’approvisionnement.

En ce sens, la stratégie présentée par le président présente une voie claire et responsable : renforcer la production nationale, développer les infrastructures et consolider un cadre institutionnel permettant une utilisation efficace de cette ressource. La priorité est désormais de faire progresser sa mise en œuvre, en renforçant la sécurité réglementaire, en promouvant le stockage stratégique et en consolidant la coordination entre les institutions du secteur.

La stratégie énergétique 2026 s'appuie sur un diagnostic précis et propose des solutions concrètes pour réduire la dépendance extérieure, renforcer la souveraineté énergétique et accompagner la croissance économique du pays. Le gaz naturel, dans ce contexte, constitue non seulement une réponse immédiate aux défis actuels, mais aussi un levier pour ordonner la transition énergétique et garantir des conditions compétitives pour le Mexique.

Ainsi, le gaz naturel se positionne comme un instrument stratégique au sein d’une politique énergétique globale, qui allie sécurité, durabilité et développement. Son utilisation, dans le cadre de l'approche proposée par l'administration actuelle, permettra de progresser vers un système énergétique plus résilient, doté d'une plus grande capacité de réponse et doté de bases solides pour l'avenir.

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