L’adaptation au climat sera impossible si les combustibles fossiles ne sont pas abandonnés
Décembre prochain marquera le dixième anniversaire de l’Accord de Paris et le diagnostic est dévastateur : le monde continue de brûler plus de charbon, de gaz et de pétrole que jamais. Aux portes de la COP30 au Brésil, une réflexion s'impose sur la manière d'affronter la crise climatique que nous subissons déjà sous forme d'inondations, d'incendies et de sécheresses. En Espagne, le débat public s'est beaucoup concentré sur l'adaptation aux conséquences du réchauffement climatique. Mais tout comme guérir les blessures ne sert à rien sans arrêter l’hémorragie, l’adaptation n’a aucun sens sans abandonner l’utilisation des combustibles fossiles qui sont à l’origine de la crise climatique.
Il ne peut y avoir de stratégie climatique cohérente sans planifier la fin de l’extraction des combustibles fossiles. La responsabilité n’incombe pas seulement aux pays extracteurs : les pays développés sans extraction significative de combustibles fossiles, comme l’Espagne, disposent également d’une série de mesures qui contribueraient à arrêter l’extraction de charbon, de pétrole et de gaz dans le monde.
Sur le plan commercial, l’Espagne doit bloquer ou conditionner l’accord commercial UE-États-Unis qui oblige les pays membres à acheter aux États-Unis pour 700 milliards d’euros de gaz naturel liquéfié, de pétrole et de produits énergétiques nucléaires au cours des trois prochaines années. Autrement, nous compromettons notre souveraineté stratégique pour décider de l’avenir énergétique et climatique que nous souhaitons.
L'Espagne doit également définir l'agenda des banques publiques de développement auxquelles elle participe de manière à ce qu'elles ne financent pas de projets d'extraction ou de consommation de combustibles fossiles dans d'autres pays, et réorienter ces fonds vers des projets qui couvrent les besoins fondamentaux à partir de sources renouvelables.
Au niveau budgétaire, l’Espagne doit respecter son engagement de mettre fin aux subventions aux combustibles fossiles, qui s’élevaient en 2023 à 0,4 % du PIB. Et il faudrait aller encore plus loin. Le gouvernement devrait promouvoir une taxe sur les entreprises qui profitent de l’extraction des combustibles fossiles et sur les banques qui y investissent. En 2024, Repsol et Moeve ont annoncé des bénéfices d’une valeur de 1 848 millions d’euros, et Santander, BBVA et La Caixa ont financé des entreprises fossiles pour une valeur de 27 milliards d’euros.
Cette taxe devrait servir à décourager l’extraction de combustibles fossiles et à lever des fonds pour couvrir les coûts des pertes et des dommages imputables à la crise climatique. Rappelons que l'État a alloué 17 milliards d'euros d'aide aux personnes touchées par le dana et que les incendies de forêt nous coûtent 71 milliards par an, soit 4,5% du PIB. Il n’est que juste que ceux qui profitent depuis des décennies de la crise climatique assument la responsabilité de leurs actes et ne rejettent pas les coûts climatiques sur les victimes et les contribuables.
Et ainsi, comme les entreprises qui ont le plus émissif doivent être responsables des coûts des inondations et des méga-incendies, l’Espagne devrait diriger, au niveau diplomatique, une UE qui assume la responsabilité de 16,5 % des émissions mondiales qu’elle a historiquement émises. Ainsi, avant 2035, l’UE devrait multiplier par six son financement international pour le climat afin de contribuer proportionnellement aux 1 300 milliards de dollars nécessaires pour payer les pertes et dommages climatiques dans les pays qui ont le moins contribué à la crise climatique et financer une décarbonisation équitable de l’économie mondiale.
Enfin, lors de la prochaine COP30, l’Espagne devrait adhérer au Traité de non-prolifération des combustibles fossiles et rejoindre le club des pays leaders en matière d’action climatique. L'Espagne doit faire valoir la position de l'UE en faveur d'une fin rapide et équitable à l'ère des combustibles fossiles. Cet horizon doit être formalisé dans un objectif de réduction des émissions de 75 % d’ici 2035 par rapport à 1990 dans la contribution déterminée au niveau national (NDC) que l’UE aurait dû remettre en septembre.
Cela peut sembler une ambition inaccessible, mais ces objectifs sont impératifs pour limiter le réchauffement en dessous de 2 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. L’inaction des dernières décennies nous a condamnés à devoir prendre des mesures urgentes et drastiques. L’alternative est une dystopie qui intensifie l’apartheid climatique, où quelques-uns continuent de profiter des combustibles fossiles tandis qu’une majorité mondiale doit faire face à un enfer climatique.
