EL PAÍS

L'Argentine, pionnière dans la protection de ses glaciers, va de l'avant avec une réforme qui compromet la sécurité de l'eau

L'Argentine ne se distingue pas seulement par ses incroyables paysages et sa biodiversité, elle se distingue également par sa législation environnementale. La Loi sur les Glaciers, adoptée il y a 15 ans grâce à la mobilisation de la communauté scientifique, des organisations de la société civile et des citoyens, a été consolidée comme la première législation au monde qui protège les glaciers et l'environnement périglaciaire, les considérant comme des biens publics et fondamentaux pour l'approvisionnement en eau douce du pays.

L'Argentine compte près de 17 000 glaciers répertoriés dans 12 provinces, qui alimentent 36 bassins d'eau sur plus d'un million de kilomètres carrés. Ces formations, ainsi que l'environnement périglaciaire, représentent les réserves d'eau douce stratégiques du pays pour le présent et l'avenir de la population.

La norme actuelle établit, comme cité dans son premier article, qu'il existe des budgets minimaux pour la protection des glaciers et de l'environnement périglaciaire afin de les préserver en tant que réserves stratégiques de ressources en eau pour la consommation humaine ; pour l'agriculture et comme fournisseurs d'eau pour la recharge des bassins hydrographiques ; pour la protection de la biodiversité ; comme source d’informations scientifiques et comme attraction touristique.

Cependant, la semaine prochaine, le Sénat de la Nation discutera d'un projet de loi visant à réformer la loi qui est tout simplement une attaque contre les droits des Argentins, car elle cherche à compromettre la sécurité hydrique de la population, en laissant une grande partie de ces écosystèmes sans protection.

La modification proposée est inconstitutionnelle et crée un grave précédent en termes de violation des droits acquis par la société civile pour protéger les biens communs des Argentins. Cela viole l'article 41 de la Constitution nationale, le principe de précaution et de prévention établi dans la loi générale sur l'environnement et le principe de non-régression environnementale reconnu dans l'accord d'Escazú.

L’initiative vise à son tour à transférer aux provinces la définition des glaciers et des zones de l’environnement périglaciaire qui doivent être classées comme ayant une « fonction hydrique pertinente » et donc protégées. Cela rompt avec le caractère national et uniforme des budgets environnementaux minimaux et permet des critères inégaux et purement administratifs sans aucune rigueur scientifique pour les systèmes d'eau qui ne reconnaissent pas les frontières politiques entre les juridictions provinciales. De cette manière, la protection de ces écosystèmes dépendrait de décisions soumises à des intérêts de mérite et d’opportunisme politique.

Le pays dispose déjà d'une loi pionnière dans son domaine d'application en matière de protection des glaciers et de l'environnement périglaciaire, dont il peut être fier, car elle protège un bien fini et indispensable au développement de la société et des générations futures : l'eau douce.

Cependant, ils veulent nous faire croire que la norme actuelle symbolise un « obstacle » au développement ou qu’« elle n’est pas bien écrite ou définie ». La protection des glaciers est une politique d’État que la société argentine a déjà choisie en 2010 et que la Cour suprême de justice a ratifiée en 2019. Et c’est désormais le Congrès, à travers ses représentants, qui doit chercher à défendre la norme et ne pas revenir sur ce qui a déjà été établi. Prendre soin des glaciers ne signifie pas arrêter le développement : cela signifie garantir que le pays dispose de l'eau nécessaire à sa survie.

Une réforme régressive de la loi sur les glaciers compromettra non seulement l'avenir de l'eau de la nation, mais érodera également les fondements mêmes de la sécurité juridique qu'elle cherche à promouvoir. La loi sur les glaciers n’a pas besoin d’être réformée : elle doit être appliquée. Nous espérons que le Congrès honorera l’engagement qu’il a pris il y a 15 ans en promulguant une loi modèle dans le monde et qu’il ne permettra pas de régressions qui compromettraient le bien-être des Argentins.

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