Le risque d'inondation oblige à surélever de trois mètres la rue centrale du futur quartier Tres Chimeneas
Modifications de dernière minute dans l'un des projets urbains les plus ambitieux de Catalogne, celui du futur quartier Tres Chimeneas, à Sant Adrià del Besòs, au bord du fleuve et en bord de mer. D'une part, le risque croissant d'inondations dû au changement climatique nous oblige à prendre des mesures plus exigeantes : la plus frappante consiste à surélever la rue principale de trois mètres, afin que l'eau n'y parvienne pas en cas d'inondation. D'autre part, la nécessité de disposer de logements abordables a conduit le gouvernement à ouvrir la porte à une densification des immeubles publics pour en ajouter une centaine de plus, ce qui serait obtenu en les réduisant de quelques mètres ou en réduisant les espaces communs.
La première version du Plan directeur urbain du secteur, couvrant 32 hectares, envisageait déjà des actions pour faire face au risque d'inondation : systèmes d'alerte en cas d'inondations, garantissant l'étanchéité des parkings des immeubles résidentiels avec des portes spéciales et surélevant l'accès à ces parkings avec une pente de 45 centimètres au-dessus du niveau de la rue. Aujourd'hui, suite à l'expérience de tempêtes telles que Gloria ou Dana de Valencia, l'Agence catalane de l'eau (ACA) a commandé une nouvelle étude des risques d'inondation. Avant même de connaître le résultat de la nouvelle Carte des Risques et Dangers d'Inondations (Mapri), les administrations sont déjà claires sur certaines mesures à prendre.
L'essentiel est que le terrain actuel où se trouvent l'ancienne centrale thermique de Besòs et la voie ferrée se trouve à environ trois mètres au-dessus du niveau de la mer, inondable selon des études rédigées il y a quelques années. L’objectif des nouvelles mesures, comme le rehaussement de trois mètres de la rue principale par laquelle on accèdera aux immeubles d’habitation (et qui devrait passer sous les tours), est d’atteindre six mètres, pour qu’elle reste praticable : un « parcours sûr » en cas d’avenue. Une hauteur qui « sera négligeable, car la conception du quartier et des parcs prévoit déjà des pentes douces », expliquent des sources proches du projet. Il est également prévu de doubler la largeur des siphons des égouts pour qu'ils gagnent en capacité, de prendre des mesures d'évacuation des eaux en cas d'inondations extraordinaires pour faciliter leur écoulement vers la mer et de créer des ouvertures dans les clôtures des voies ferrées afin qu'elles puissent être dégagées en cas de chute d'eau, explique l'adjoint au maire de l'Environnement et de l'Urbanisme de Sant Adrià, José A. Gras.

Surélever le pont ferroviaire au-dessus de la rivière de 3,5 mètres
En plus de toutes ces mesures, et bien que cela sorte du cadre du futur quartier, la Mairie de Sant Adrià a demandé à plusieurs reprises à Adif de surélever de 3,5 mètres le pont par lequel passent les trains R1 sur la rivière. « L'Adif l'a dans son planning d'investissement », mais ce n'est ni budgétisé ni programmé, ajoute Gras. La proposition spécifique prévoit qu'un nouveau pont passera de la hauteur actuelle, 4,5 mètres au-dessus du lit de la rivière, à près de huit mètres. Récemment, lors de la tempête Gloria, la faible hauteur du pont a provoqué le coincement d'un conteneur métallique sous l'infrastructure, qui devient un obstacle pour les gros objets, les arbres ou les essaims de roseaux si le débit augmente fortement. En plus d'éventuels dommages au pont, l'obstruction pourrait inonder les quartiers de La Catalana et de Sant Joan Baptista.
L'adjoint au maire explique également que le ministère de la Transition écologique s'est engagé à œuvrer à la protection du littoral avec des ouvrages de stabilisation, des brise-lames, des reliefs pour faciliter la formation de dunes ou de lagons. Sur le littoral, il faut encore enterrer le collecteur de courant, qui fait office de barrière artificielle en cas de tempête.
Également en dehors du secteur, à partir des voies ferrées, les nouvelles passerelles et rues prévues pour relier Sant Adrià au nouveau quartier (sur l'Avenida de la Platja et la Calle de Ramon Viñas) « seront réaménagées avec le principe de l'établissement de l'eau, en cherchant une canalisation pour faciliter le démantèlement, avec des espaces inondables contrôlés comme des parterres de fleurs ou des lagunes », précise l'adjoint au maire. La philosophie est celle d’une « ville éponge », où les surfaces absorbant l’eau, les parterres de fleurs inondables et les systèmes de drainage avalent l’eau de pluie ou les eaux de crue, le cas échéant. Dans ce sens, l'architecte Enric Batlle, responsable du projet d'urbanisation du quartier Tres Chimeneas et du projet du terrain acheté par Inditex pour y installer des bureaux, défend habituellement « comme complément très important les SUD (Systèmes de Drainage Urbain Durables), des zones en dessous du niveau de trois mètres qui, en cas de fortes pluies, accumulent et libèrent l'eau ».
José A. Gras rappelle que le risque d'inondation n'empêche pas la construction, mais il oblige à prendre des mesures « d'atténuation et d'adaptation » face aux effets des tempêtes majeures. La commune dispose du Plan d'Adaptation au Changement Climatique et du DURPOCIM (Document Unique Communal de Protection Civile, en cours de révision car expirant à la fin de cette année). Gras souligne que la situation actuelle dans la zone des Trois Cheminées est « pire » qu’elle ne le sera lorsque le parc sera construit, qui sera un complexe résilient aux inondations, avec une promenade qui absorbe l’eau, des dunes, des lagunes et un drainage. En effet, lorsqu'il pleut beaucoup ou qu'il y a des orages, l'eau forme généralement de grandes flaques d'eau devant la salle des machines. « En bref, il s'agit d'une stratégie holistique et globale pour apporter des solutions aux risques potentiels d'inondations fluviales ou maritimes, et que les actions améliorent la qualité de l'environnement et la biodiversité. Historiquement, les villes ont été situées à proximité des rivières et des côtes, il s'agit d'être plus résilientes », explique l'édile.
Densifier pour ajouter des logements protégés
Dans le domaine du logement, la Generalitat étudie l'ajout d'appartements publics en densifiant les bâtiments. Au total, le plan prévoit 1 069 logements à prix libre et 714 logements protégés. Il s'agirait de réduire les espaces publics de quelques mètres ou de supprimer les espaces communs dans les bâtiments, toujours dans les paramètres établis par les modules officiels de protection. Il est prévu de gagner une centaine d'appartements abordables.
Compte tenu de l'annonce de la Generalitat, la Plateforme 3X a manifesté dans un communiqué son « opposition à la densification ». L'entité rappelle qu'elle a présenté un recours administratif contentieux contre le Plan directeur urbain de Tres Chimeneas, précisément parce qu'elle se trouve dans une zone inondable. « Une densité croissante signifie un risque accru », indique la plateforme dans un communiqué cette semaine. Il remet en outre en question la typologie des logements protégés : « Ils ne sont pas aussi abordables qu’ils veulent nous le présenter », affirme-t-il sans plus d’explications. Enfin, il dénonce que si davantage d'appartements sont construits, le nombre d'habitants du futur quartier pourrait augmenter, ce qui « ne s'accompagnera pas de l'augmentation nécessaire des espaces verts ou des équipements ». Le parc projeté a une superficie de 90 000 mètres carrés.
