Les troupes israéliennes avancent dans le sud du Liban alors que le Hezbollah parle de « guerre ouverte »

Les troupes israéliennes avancent dans le sud du Liban alors que le Hezbollah parle de « guerre ouverte »

L'armée israélienne – qui maintenait déjà des positions dans le sud du Liban en violation de l'accord de cessez-le-feu de 2024 – a pénétré ce mardi une zone plus vaste du territoire libanais avec des chars et des soldats. L’objectif, selon le ministre israélien de la Défense Israel Katz, est de « prévenir les attaques contre les communautés frontalières » comme celles lancées lundi par le Hezbollah, s’ajoutant à la guerre au Moyen-Orient qui entre dans son quatrième jour.

Affaiblie et décapitée lors de la guerre de 2024, la milice libanaise avait laissé sans réponse tous les bombardements quasi quotidiens lancés par Israël pendant 15 mois de soi-disant trêve. Mais lundi, il a ouvert le feu par surprise contre Israël pour se « venger » d'avoir tué le guide suprême iranien, Ali Khamenei, lors de l'offensive contre les États-Unis. « L'ère de la patience est révolue, ne nous laissant d'autre choix que de revenir à la résistance », a déclaré mardi l'un des dirigeants du Hezbollah, Mahmud Qmati. Puisque Israël veut une guerre ouverte, a-t-il ajouté, « qu’il y ait une guerre ouverte ».

Un contingent composé d'un char et de trois excavatrices a avancé depuis la ville frontalière israélienne de Metula vers la zone de Tal al Nahas, près de Marjayun, selon le journal libanais. Les Casques bleus, de leur côté, ont dénoncé dans un communiqué l'incursion des troupes israéliennes dans les communes de Merkaba, Al Adeisse, Kfar Kila et Ramyah « avant de regagner » le territoire israélien.

Cela intervient après que l'armée israélienne a exigé, lundi vers minuit, l'évacuation de 30 municipalités du sud du Liban, avant d'annoncer la création d'une « zone tampon ».

Les civils ne sont pas les seuls à fuir : l’agence de presse officielle affirme que l’armée régulière libanaise (à qui l’accord de trêve confie la responsabilité du contrôle de la zone, considérée comme un fief du Hezbollah) a « évacué plusieurs de ses positions à la frontière ». Ce retrait amène une partie des citoyens à se sentir coincée entre le dysfonctionnement de leurs forces nationales et des groupes armés comme le Hezbollah, qui font allusion à cette faiblesse pour se présenter comme indispensables.

« Les forces de la 91e Division opèrent dans la partie sud du Liban et contrôlent plusieurs points dans le cadre du concept de renforcement de la défense du front », a indiqué l'armée israélienne après une journée de bombardements au Liban (en représailles aux premiers projectiles du Hezbollah) qui ont fait, selon le décompte officiel, une quarantaine de morts.

L'armée de l'air israélienne a continué mardi à frapper des positions plus avancées. Une attaque dans la ville de Saïda a visé le siège du Groupe islamique, une formation à représentation parlementaire et faction armée qui constitue la branche locale des Frères musulmans.

Elle a également bombardé les environs du fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière. Ce point délimite la zone frontalière au sud de laquelle Beyrouth a annoncé en janvier avoir achevé le désarmement du Hezbollah et d’autres groupes armés. Israël le jugeait insuffisant et y multipliait ses bombardements qui, au cours de cet an et demi de prétendu cessez-le-feu, jusqu'à la réouverture du front par le Hezbollah, ont tué au total 397 personnes au Liban, comme l'a rapporté ce mardi le ministère de la Santé du pays. La plupart étaient des membres du Hezbollah et des milices palestiniennes, mais plus de 130 étaient des civils.

160 attaques

Ce mardi midi, l'armée israélienne faisait déjà état de 160 attaques contre le Hezbollah. Dans la capitale, les infrastructures civiles sont bombardées depuis la veille. Parmi les cibles : les bureaux de la télévision Al Manar et de la radio Al Nur. Le Hezbollah affirme que ces attaques visent à « faire taire la voix de la résistance », comme il se réclame de son opposition aux occupations – quatre – qu'Israël a menées au Liban au cours des dernières décennies et qui constituent la principale raison de l'existence de la milice. La veille, la cible principale était plusieurs bureaux de Qard al Hassan, une institution financière de microcrédit qu'Israël considère comme une couverture pour le financement du Hezbollah.

De son côté, le groupe chiite a réussi à lancer trois roquettes ce mardi contre les villes israéliennes de Tel-Aviv et Haïfa.

« Nous avons décapité la pieuvre iranienne et maintenant nous travaillons à l'écraser et à lui couper les bras », a déclaré mardi le ministre israélien Katz en référence à la mort d'Ali Khamenei, dans une comparaison, courante dans le pays, qui présente comme tentacules les milices alliées de Téhéran (en Palestine, au Yémen, au Liban ou en Irak). « L'offensive conjointe israélo-américaine (…) est sans précédent en termes d'ampleur, de précision et de puissance. Elle se poursuivra en pleine force aussi longtemps que nécessaire », a ajouté le ministre de la Défense.

Des milliers de Libanais en subissent déjà les conséquences. Lundi, les autorités nationales ont estimé le nombre de personnes déplacées à 29 000, bien qu'une unité de gestion des catastrophes relevant du Conseil des ministres ait augmenté ce chiffre mardi à 58 000. Tout porte à croire que le chiffre est bien plus élevé et que ces soldes se limitent au recensement des refuges gouvernementaux. Comme le fantôme de la guerre n’a jamais quitté le Liban malgré la trêve de 2024, de nombreux Libanais avaient déjà planifié leur fuite vers des endroits sûrs, en séjournant chez d’autres familles ou en louant une résidence secondaire.

Les moins fortunés, cependant, passent des heures prosternés en plein air aux coins des villes. Comme c'est le cas par exemple à Beyrouth qui a fui la banlieue au petit matin lundi. Ils sont repartis avec tout ce qu'ils portaient, parfois avec des valises ou des tapis.

Le président du Liban et ancien chef des troupes libanaises, Joseph Aoun, a rencontré mardi les ambassadeurs du Quintette, un groupe d'États (États-Unis, France, Arabie Saoudite, Égypte et Qatar) qui conseille le petit pays méditerranéen et qui a influencé l'année dernière la formation du nouveau gouvernement, dont l'objectif principal en interne est le désarmement du Hezbollah.

Lundi, suivant la même ligne, Aoun a décrété l'interdiction de l'activité militaire de ce groupe armé, ainsi que le lancement de roquettes depuis le territoire national, dans une mesure d'impact incertain. Selon les médias libanais, l'objectif de la réunion de ce mardi est d'avancer vers un nouveau cessez-le-feu, qui devrait être encore plus bénéfique pour Israël.

Beyrouth est cependant en train de perdre la lutte contre le Hezbollah, qui continue de revendiquer des attaques contre le sol et les troupes israéliennes. Dans différentes déclarations, la milice affirme avoir utilisé des drones contre la base militaire de Ramat David et d'autres points militaires à Méron et sur le plateau du Golan, occupés par Israël depuis la guerre des Six Jours de 1967. Le Parti de Dieu, qui a interdit le travail journalistique dans les banlieues bombardées de Beyrouth pour prétendument protéger les journalistes, a également revendiqué des attaques « réussies » contre des chars israéliens dans les municipalités libanaises de Kfar Kila et Kfarchouba.

L’organisation pro-iranienne a justifié ces attaques « en réponse à l’agression criminelle israélienne » de la veille « contre des dizaines de municipalités ». Ce sont des arguments qu’une grande partie de la société libanaise (qui reproche au Hezbollah de l’avoir entraîné dans une seconde guerre avec Israël en deux ans) semble de plus en plus indéfendable. Avec le renforcement de l’occupation israélienne sur le territoire libanais, beaucoup craignent que le Hezbollah ait un prétexte pour maintenir la résistance et les armes.

Ce mardi, à la question de savoir si les troupes israéliennes atteindraient même le nord du fleuve Litani (qui marque la frontière du déploiement des casques bleus), la porte-parole de l'armée israélienne, Effie Defrin, s'est limitée à répondre que l'ordre était d'étendre les opérations pour protéger la population du nord d'Israël, qui – contrairement à ce qui s'est passé en 2023 – n'a pas été évacuée.

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