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Manifeste de la COP30 : une refonte de l’économie mondiale depuis l’Amérique latine

Depuis 2006, le Mouvement B a démontré qu’il est possible de penser et de faire des affaires différemment. Les avancées ont été importantes et nous reconnaissons qu’elles sont insuffisantes face aux défis exponentiels que nous vivons, tant climatiques que sociaux. Même si nous avons réussi à contribuer à la construction d’une nouvelle culture d’entreprise, nous devons promouvoir des changements structurels dans les règles du jeu.

Selon la Banque mondiale, il existe plus de 125 millions d’entreprises dans le monde. Comment les aider à se comporter comme des entreprises dans le but d’assumer leurs responsabilités envers leurs parties prenantes et d’acquérir l’engagement de mesurer, gérer et rendre transparent leur impact ? Précisément, pour répondre à ce défi, des cadres juridiques ont émergé qui redéfinissent le rôle des entreprises dans la société. En 2010, la province du Maryland, aux États-Unis, a été la première à adopter cette loi. Aujourd'hui, plus de 50 juridictions différentes ont adopté la proposition législative et 30 000 entreprises ont adopté cette figure légale dans 44 États de ce pays. Au niveau mondial, huit autres pays ont approuvé des réglementations similaires, dont cinq d'Amérique latine : Colombie, Équateur, Pérou, Uruguay et Panama.

La conférence climatique la plus importante de l’histoire a déjà commencé. La COP30 doit marquer un nouveau moment : le passage de l’ère des négociations à l’ère de la mise en œuvre. L’Amérique latine a une opportunité historique de contribuer à la transformation de cette économie mondiale. Depuis Belém do Pará au Brésil, le Manifeste de la COP30 – élaboré par le Mouvement B – propose l'interdépendance comme nouvelle intelligence économique et stratégie de résilience. L’avenir des entreprises ne repose plus sur l’extractivisme, mais sur l’obligation légale de prendre soin de la planète et des communautés : une architecture de changement capable d’unir prospérité, justice et régénération.

Le modèle linéaire et extractif qui a dominé le siècle dernier a amené la planète et la société à un point de rupture. Aujourd’hui, sept des neuf limites planétaires ont été dépassées, tandis que les inégalités continuent de progresser : les 1 % les plus riches ont accaparé près des deux tiers des nouvelles richesses générées depuis 2020. Il s’agit d’un système de gouvernance incapable d’équilibrer croissance et bien-être.

C’est dans ce contexte de crise économique et environnementale que le Manifeste de la COP30 apparaît comme une feuille de route concrète. S’appuyant sur des preuves, il démontre que l’évolutivité des pratiques des B Corporations – les organisations qui animent le mouvement B et qui répondent aux normes les plus élevées de performance sociale et environnementale – peuvent réduire le réchauffement climatique de 0,5°C d’ici 2100, éviter 600 000 décès dus à la chaleur extrême et réduire le risque d’extinction de milliers d’espèces.

La clé de cette refonte est la gouvernance des parties prenantes, qui oblige les travailleurs, les communautés et la nature à être formellement pris en compte dans la prise de décision. De cette manière, les entreprises peuvent intégrer la raison d’être dans l’obligation fiduciaire des dirigeants de fixer des objectifs fondés sur la science et de prospérer sans détruire.

Cette architecture de changement repose sur trois piliers : une transition juste ancrée dans la dignité humaine, la diligence raisonnable tout au long de la chaîne de valeur et la transition de l’extractivisme à l’écoconception et à la circularité. Les politiques publiques doivent pénaliser la destruction du capital naturel et social, tout en encourageant la création de valeur durable.

L'Amérique latine, qui abrite plus de 40 % de la biodiversité mondiale, possède une sagesse ancestrale fondamentale sur l'interdépendance entre l'humanité et la nature. Depuis Belém, nous cherchons à ce que l'Amazonie devienne le laboratoire de ce nouveau paradigme pour montrer que compétitivité et équité sociale sont des objectifs complémentaires.

Le Manifeste soutient que cette interdépendance est la nouvelle intelligence économique. Aucune entreprise ne peut prospérer dans une société fracturée ou sur une planète malade. Prendre soin des personnes et de l’environnement n’est pas une concession éthique, mais plutôt une stratégie de résilience et la meilleure préparation pour l’avenir.

L’Amérique latine a aujourd’hui une opportunité unique de diriger une refonte économique mondiale, unissant prospérité, justice et régénération. L’avenir de l’économie ne jouera pas son jeu décisif uniquement dans les sommets, mais dans la cohérence des décisions prises quotidiennement par les entreprises et les citoyens.

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