L’ère des rouges fluides est arrivée : trois vins faciles à boire et modérés en alcool
Fin mars, Michel Rolland, le consultant en vins le plus connu au monde, est décédé subitement. Sa marque tient avant tout à son travail de raisins à parfaite maturité qui a donné naissance à une tendance de vins rouges puissants, opulents et d'une grande concentration. historique, l'Américain Robert Parker a contribué à l'expansion mondiale de ce style dans les années 1990 et 2000.
D'une certaine manière, la mort de Rolland marque la fin d'une époque. Ces dernières années, la tendance s’est orientée vers des rouges plus clairs. Il y a une composante de réaction contre un mouvement qui a développé ses propres excès (surmaturation, extractions excessives, obsession du chêne neuf…), mais aussi de revendication identitaire. En Espagne, ce changement se traduit par la renaissance de variétés moins structurées comme le Garnacha, le Mencía, le Trepat ou le Rufete.
Un autre exemple paradigmatique est celui de Majorque. Comme beaucoup d’autres domaines, il prend son essor dans les années 1990, dans la vague des vins opulents. Mais tout cela a changé. Trois jours seulement après le décès de Rolland, j'ai assisté à une dégustation de ses principaux cépages rouges locaux de l'île. La démarche a été de les déguster avec des vins de deux régions françaises de référence : le Callet avec des Bourgognes Pinot Noir et le Manto Negro avec des rouges du Rhône à base de Grenache. Il s’agissait de contextualiser, de se réapproprier leur personnalité et de mieux comprendre leurs affinités.
La plupart des rouges majorquins ont montré une grande charge aromatique, une complexité et des textures amicales et raffinées, se développant naturellement aux côtés de leurs homologues français. Comme le dit Francesc Grimalt, copropriétaire de la cave 4 Kilos et l'un des promoteurs de l'événement, c'est le meilleur moment pour les vins de l'île. Le viticulteur majorquin, en plus de diriger le processus visant à débarrasser les vins locaux des cépages étrangers et à faire ressortir le meilleur des vins locaux malgré leur faible structure et leur couleur limitée, a souffert des difficultés de se frayer un chemin avec des productions qui ne s'inscrivaient pas dans la tendance dominante.
Le grand atout du Callet, du Manto Negro et de nombreuses variétés méditerranéennes cultivées dans des régions chaudes comme le Garnacha et d'autres en voie de récupération au Levant (arcos, mandó ou forcallà), est ce que les Anglo-Saxons appellent, une sorte de facilité de consommation qui les rend très agréables à boire.
D’autres facteurs ont également contribué à ce changement de paradigme vers des vins plus fluides. D’un côté, l’essor du vin naturel et sa philosophie non-interventionniste ; de l'autre, le changement climatique, qui a poussé à rechercher des lieux et des outils augmentant les sensations de fraîcheur des vins. La modération du taux d'alcool joue également un rôle, soit pour des raisons fiscales (dans certains pays, les vins qui dépassent 14 % vol. sont davantage taxés), soit en raison de l'attention croissante accordée à la santé. Ainsi se pose le paradoxe de trouver des rouges méditerranéens avec une teneur en alcool inférieure à celle de nombreux vins de la Rioja, bien que cela ne soit pas strictement observé.
En fin de compte, la place idéale du vin reste l’équilibre, quelque chose qui peut s’exiger à toutes les échelles de puissance et de délicatesse. La tendance des vins fluides a ses propres excès, comme celui d'affiner la structure au point de perdre son caractère et son identité territoriale. Dans l’ensemble, la bonne nouvelle est qu’il n’y a jamais eu autant de vins accessibles, faciles à boire et, probablement, aussi attractifs pour se lancer dans le monde passionnant du vin.
manteau noir
Poulets et phoques
4 kilos
Cape 100% noire
13% vol. 22 euros
Ce vin est le fruit d'un projet solidaire en collaboration avec la fondation Amadip Esment pour les personnes handicapées intellectuelles (le nom et l'étiquette, qui changent chaque année, sont travaillés avec ses membres), mais aussi un exemple d'évolution de style. La syrah, qui faisait partie de l'assemblage à ses débuts, a été délaissée pour se concentrer sur un manteau noir épicé aux arômes rappelant la grenade, les herbes séchées et l'écorce d'orange. Un rouge super juteux à boire sans se fatiguer.
Callet
Can Majoral
Can Majoral
100% calle
11,5% vol. 16 euros
Issu de la première cave certifiée biologique de Majorque, ce vin provient d'un vignoble relativement jeune cultivé sur des sols rouges caractéristiques (appelés vermell).
de Felanitx. Avec un vieillissement modéré en fûts de 500 litres, il associe des notes d'herbes (presque à la manière d'un vermouth) et de fruits rouges en liqueur, et dégage un caractère purement méditerranéen. Les notes parfumées, son air juvénile et sa faible teneur en alcool sont d'autres de ses attraits. La récolte actuellement sur le marché est 2024.
Forcalà
Xiulit
Celler Les Freses
100% forcallà
12,8% vol. 20 euros
Cette cave et ses vignobles occupent un ancien champ de fraises à côté du parc naturel du Montgó, à quelques kilomètres de Dénia. Bien que leur cépage principal soit le Muscat, ils ont pris soin de récupérer un Forcallà presque disparu. Xiulit est un sifflet en valencien, mais aussi quelqu'un qui pèse peu, comme le fils de la propriétaire, Mara Bañó. Le nom convient très bien à ce vin floral, avec des touches de fruits mûrs et d'herbes qui, dans sa légèreté, semblent s'élever dans le
en bouche, mais donne en même temps de la profondeur aux saveurs.
