école de chaleur
L'été où j'ai eu 18 ans, ma récompense pour avoir réussi Sélectivité a été de passer les deux mois de vacances jusqu'à ce que je commence mes études en vivant avec ma grand-mère Gabina dans son appartement à Alicante. Mon père, son fils à l'époque, n'était pas intelligent ou quoi que ce soit. Ainsi, la petite-fille adolescente pouvait aller à la plage tous les jours et, ce faisant, tenir compagnie à sa grand-mère, une veuve de La Manche qui, vous riez d'Almodóvar, qui, en échange de me laisser une large place à l'heure de mon arrivée à la maison, me tenait au courant des tâches ménagères, auxquelles la fille était très mal habituée. Alors, le deuxième jour, il m'a commencé à installer des rideaux. Assemblage, oui, pas couture, je ne savais pas enfiler une aiguille. Plusieurs après-midi, il nous fallut tous les deux, main dans la main, enfiler une à une des milliers de palitroques, formant des bandes qui, une fois suspendues à une rampe au plafond entre le salon et le balcon, se révélèrent être un gigantesque parasol vertical blanc, bleu et rouge, comme les vagues de l'Esplanade. Elle trouvait ça « magnifique ». Cela me faisait peur, mais nous étions tous les deux d'accord sur quelque chose. Il a ombragé la maison, a laissé entrer l'air et non les insectes, et a abaissé la température du sauna dans le salon de quelques degrés, à une époque où la climatisation était prohibitive et où les ventilateurs à rouleaux menaçaient de s'envoler à cause du bruit qu'ils faisaient. Elle n'était pas stupide, ma grand-mère, ou quoi que ce soit. Il savait tout sauf lire et écrire. Pour une raison quelconque, elle ne sortait pas entre dix et sept heures et, après le dîner, elle descendait au grand air pour manger des noix tigrées et écorcher ses voisins avec les voisins jusqu'à ce que, à 1h30 du matin, comme une Cendrillon gâtée, apparaisse la petite-fille prodigue de son errance dans le centre et ils grimpèrent ensemble dans l'enveloppe.
Il est à noter que les Parisiens, au milieu de l'année 2026, ont découvert que les rideaux, même s'il s'agit de couvertures thermiques en aluminium, servent à isoler leurs fenêtres, balcons et mansardes. Le ministre français du Travail lui-même souhaite venir en Espagne pour apprendre à rester en vie et à travailler à 40 degrés à l'ombre après qu'en juin dernier, 1 000 de ses compatriotes sont morts à cause de la canicule, dont beaucoup dans leur propre maison. Nous ne sommes pas non plus ici pour donner des leçons : en Espagne, de nombreuses autres personnes sont mortes pour les mêmes raisons, des enfants brûlent dans les choux et, dans de nombreuses villes, les seuls refuges climatiques et réconfort contre la solitude sont les centres commerciaux. Mais nous avons en la matière un certain avantage sur les gabachos, depuis l'époque de ma grand-mère. D'ailleurs, l'été de ma majorité, j'ai commencé à danser sur le grand hymne que venait de créer Radio Futura, en transpirant abondamment dans une combinaison rouge que je ne pouvais pas enlever même si je mourais parce que cela me mettait mal à l'aise. Le goût de la gale ne pique pas.
