EL PAÍS

Le changement climatique existe, insiste et force

La science l’a confirmé : le changement climatique a rendu plus intenses et plus étendus les dégâts qui ont dévasté Valence, laissant derrière lui plus de 230 morts, des terres inondées, des entreprises ruinées et des infrastructures détruites. Ce n'est pas la première fois que cela arrive. Des études d'attribution ont également révélé la crise climatique après la virulence de Filomena ou les incendies qui ont dévasté de vastes zones de Castille-et-León et de Galice l'été dernier. Bien que des études d'attribution soient nécessaires, il est possible qu'elles fassent de même avec le train de tempêtes qui ne s'arrête pas et qui a forcé l'évacuation de plus de 11 000 habitants du sud de l'Espagne et de nombreux autres au Portugal, a coûté la vie à 16 personnes dans la péninsule ibérique et a causé des pertes de plusieurs millions de dollars.

Paradoxalement, toutes ces preuves que nous expérimentons en temps réel, et qui s’ajoutent à ce que la science accumule, coïncident au fil du temps avec la montée des positions politiques négationnistes ou retardistes. Si nier aujourd’hui le changement climatique, c’est ignorer la science, les connaissances et l’expérience, exercer un retard qui cherche à ralentir et à reporter les politiques de transition écologique, c’est abandonner ses responsabilités, mettre en danger la vie de milliers de personnes et permettre la ruine des territoires et des secteurs économiques. En bref, c’est un exercice d’anti-politique. Car, à quoi sert la politique si ce n’est à assurer le bien-être et la sécurité – dans tous les sens du terme – des citoyens ?

Les confirmations scientifiques des phénomènes extrêmes nous obligent à prioriser les politiques d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, de manière appropriée pour chaque territoire. Le premier implique, dans une large mesure, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour laquelle il faut changer la matrice énergétique, repenser l'usage des sols et d'autres mesures bien connues. On pourrait penser que cela se joue dans les forums mondiaux des Nations Unies ou dans les stratégies commerciales des grandes entreprises, et dans une certaine mesure, c'est le cas, mais pas entièrement. La fin des subventions aux énergies fossiles relève également de la responsabilité des gouvernements, et les administrations locales ont beaucoup à dire dans le déploiement des énergies renouvelables. Ainsi, chacune avec ses propres pouvoirs, les politiques d’atténuation gagnent en importance et en urgence lorsque l’on voit la succession de phénomènes auxquels nous sommes confrontés.

Parallèlement, des stratégies d'adaptation qui minimisent les dommages causés par ces phénomènes qui continueront à se produire et de plus en plus fréquents sont de plus en plus urgentes. De l'urbanisme, qui doit intégrer les nouveaux plans d'inondation qui reflètent déjà les variations observées, à la forme des cultures qui ne peuvent ignorer la nouvelle réalité, en passant par des infrastructures qui, comme on l'a vu, ne peuvent résister aux attaques d'inondations ou de tempêtes torrentielles. Maisons rasées, villes comme Grazalema en attente d'évaluation des risques, routes bloquées, voies ferrées inutilisables… Les politiques d'adaptation, parfois considérées comme une deuxième ligne parce qu'elles ne s'attaquent pas à la racine du problème, doivent être une priorité de toutes les administrations publiques.

L’obligation de tout dirigeant est d’assurer la sécurité de la population, et le changement climatique est aujourd’hui, comme le souligne le rapport sur les risques globaux du Forum économique mondial et les rapports sur la sécurité nationale de nombreux pays, dont l’Espagne, l’un des principaux risques auxquels il faut faire face. Alors que des accords sont recherchés pour atténuer les causes, il est urgent de faire face à tous les changements imposés par la crise climatique.

La refonte essentielle et urgente du territoire sera plus efficace, plus acceptée et plus rapide dans la mesure où elle part des agents locaux et s’appuie sur des processus inclusifs de délibération sociale et de collaboration institutionnelle. Cette dernière s'est produite avec un succès notable dans la gestion des inondations en Andalousie et a démontré sa pertinence. Si cela est réalisé, la nécessaire transition écologique devient une opportunité de renforcer les systèmes démocratiques. Sinon, et comme nous l’avons également vu à Valence, ceux qui récoltent les bénéfices politiques, du moins dans les sondages, sont précisément ceux qui nient la crise climatique et remettent en question la démocratie.

Bref, la grande leçon que nous laisse l’étude d’attribution du dana que nous venons d’apprendre est que, comme cela a déjà été confirmé à d’autres occasions, la science certifie que les phénomènes extrêmes vont être plus fréquents et virulents en raison de la crise climatique. Les politiques visant à y remédier doivent accroître les efforts d’atténuation tout en continuant à se concentrer sur l’adaptation. Parce que le changement climatique existe, comme l’atteste la science ; insiste, comme nous le vérifions ; et oblige, car il n’y a pas de plus grande obligation pour un dirigeant que d’assurer la sécurité et la vie de ses concitoyens.

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