Le CSIC mobilise 31 organisations pour protéger la flore des Pyrénées : la nature n’attend pas les gouvernements

La flore des Pyrénées bénéficiera d’une nouvelle plateforme scientifique ouverte, capable de rassembler des données d’Espagne, d’Andorre et de France afin d’étudier les effets du changement climatique : une avancée qui exige que les connaissances se transforment en une protection efficace.

Le CSIC et 31 entités protégeront la flore des Pyrénées

La flore des Pyrénées disposera d’un outil scientifique commun aux trois pays, afin de surmonter une contradiction : les plantes partagent la même chaîne de montagnes, mais leurs informations demeurent réparties entre plusieurs sources et critères différents. Trente et une entités issues d’Espagne, de France et d’Andorre s’unissent désormais pour corriger cette situation.

L’Institut pyrénéen d’écologie, affilié au CSIC, est le porteur du projet PHYLOFLORA-PYR, qui a été présenté à Boltaña. Pendant trois ans, celui-ci réunira l’intégralité des informations botaniques relatives à la flore des Pyrénées sur une plateforme numérique ouverte, qui intégrera des données génomiques, des informations de répartition, des descriptions et des images facilitant l’identification des espèces et l’étude des effets du changement climatique.

C’est un engagement précieux en faveur du savoir partagé. Son importance s’étend aussi aux administrations: disposer de meilleurs outils doit se traduire par des décisions de conservation, car la numérisation des données à elle seule n’arrête pas la détérioration de l’environnement. La conservation exige une continuité, un soutien institutionnel et des ressources.

Les frontières administratives ne peuvent pas limiter la nature

Le coordonnateur du projet et conservateur du Herbier JACA, Pablo Tejero, identifie le problème fondamental : il existe des données botaniques de qualité, mais elles sont fortement dispersées. De plus, les critères de classification varient selon les territoires, ce qui complique l’usage d’une référence commune pour l’ensemble de la chaîne pyrénéenne.

Unifier les informations sur la flore des Pyrénées permettra d’améliorer les demandes d’accès et la comparaison des plantes. L’objectif va au-delà de l’élaboration d’un simple catalogue : une base cohérente peut aider les gestionnaires et les chercheurs à interpréter les données sans que les différences entre les systèmes nationaux entravent l’analyse.

Tejero rappelle que les plantes soutiennent les écosystèmes et constituent un pilier du secteur primaire. Ce rôle mérite une attention politique : préserver la biodiversité signifie aussi prendre soin des bases naturelles des activités qui dépendent du territoire. La coopération scientifique apporte des outils qui permettent d’aborder cette responsabilité avec une plus grande cohérence.

La valeur de PHYLOFLORA-PYR réside précisément dans sa volonté de partager des critères et des connaissances. Face à la fragmentation, le projet propose une réponse commune entre 3 nations. C’est une orientation positive qui devrait être poursuivie avec une gestion environnementale adéquate, où la coordination est aussi nécessaire que dans les laboratoires.

La science ouverte est nécessaire face à une crise qui exige des réponses

La future plateforme intégrera des informations génomiques et des données générales de répartition de la flore des Pyrénées. Cette combinaison servira de base pour développer des indicateurs permettant d’étudier les effets du changement climatique sur la flore locale, dont les résultats devront être construits et évalués pendant le projet.

Elle comprendra également des images de référence et leurs descriptions en quatre langues. Faciliter l’identification des plantes élargit les possibilités d’accès au savoir et réduit les obstacles à l’accès à la connaissance. L’utilité dépendra de contenus rigoureux, accessibles et bien organisés pour ceux qui auront besoin de les utiliser.

L’initiative transforme l’information sur la flore des Pyrénées en une ressource partagée en accès libre. Cette ouverture mérite d’être mise en lumière : le savoir environnemental gagne en portée lorsqu’il peut être consulté et mis en comparaison, plutôt que d’être confiné à des sources dispersées ou difficiles à relier.

Il convient de garder clairement à l’esprit quelle est sa fonction. Les indicateurs aideront à étudier les changements ; ils ne démontreront pas automatiquement qu’une variation observée a une unique cause. Le rigorisme scientifique exige d’interpréter les données, de reconnaître les incertitudes et de distinguer entre les outils disponibles et les conclusions qui peuvent en être tirées.

Plus de 20.000 spécimens : la conservation exige d’aller au-delà des simples annonces

Les 11 entités partenaires et 20 associées partageront plus de 20 000 spécimens d’herbier au cours du projet. Cet échange a commencé lors de la présentation à Boltaña, lors de la remise des premiers feuillets, ce qui constitue un exemple concret de la collaboration qui soutient ce travail.

La flore des Pyrénées sera également au centre du premier symposium PHYLOFLORA, avec 3 jours consacrés au développement technique de l’initiative. Le projet bénéficie d’un cofinancement européen de 65% par le système POCTEFA 2021-2027. Ce soutien public exige d’avoir des résultats accessibles et une utilité qui perdure au-delà de leur présentation.

L’urgence est chiffrée : l’Observatoire pyrénéen du changement climatique indique une augmentation de la température moyenne annuelle de 1,9 °C depuis 1959 et une chute de 12 % des précipitations entre 1959 et 2023.

La flore des Pyrénées a besoin non seulement de meilleures données, mais aussi de gouvernements qui agiront sur ces connaissances. Financer une recherche alors que les décisions environnementales qui devraient être prises sont retardées serait mal utiliser précisément la science à laquelle on cherche à donner un élan.

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