Le gouverneur de la Banque de France démissionne un an avant la fin de son mandat
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a annoncé ce lundi qu'il quitterait ses fonctions en juin prochain, un an avant la fin de son deuxième mandat et après près de onze ans à la tête de l'organisation. Villeroy de Galhau, 66 ans, quitte ses fonctions pour présider la Fondation Apprentis d'Auteil, une institution catholique dédiée à la protection de l'enfance et à l'insertion des jeunes en difficultés.
Cette décision a surpris même l’organisation elle-même, car on pensait qu’elle allait mettre fin à son mandat. Dans une lettre adressée aux salariés de la Banque de France, il détaille ses motivations et explique avoir pris cette décision, à caractère personnel, « en toute indépendance ». « Je suis conscient que cela peut être une surprise pour vous, c'est pourquoi je voulais l'expliquer », dit-il dans la lettre de deux pages.
« Mes presque onze années à la tête de la Banque de France et au service de l'euro sont et continueront d'être la fierté de ma carrière publique (…) Mais je crois avoir rempli une part essentielle de ma mission et il est désormais possible de transmettre cette responsabilité », affirme le haut fonctionnaire, qui ajoute, à propos de son nouveau poste : « Ma nouvelle mission dans un domaine social clé me permettra de continuer à servir l'intérêt général. »
La décision, précise-t-il, a été communiquée il y a quelques jours au président français Emmanuel Macron, chargé de désigner le successeur, ainsi qu'à la présidente de la Banque centrale européenne, la Française Christine Lagarde. Villeroy de Galhau laisse ainsi à Emmanuel Macron le choix de la personne qui dirigera l'organisation dans les années à venir, même si Macron lui-même est déjà hors de l'Elysée. Il reste au président un an de mandat avant les élections présidentielles de 2027, dont le parti d'extrême droite de Marine Le Pen est favori dans les sondages.
Le haut fonctionnaire, figure clé des missions de politique monétaire et de lutte contre le surendettement, annonce sa démission dans un moment de calme relatif dans le pays, alors que le gouvernement français vient d'approuver les budgets pour 2026. Il l'a fait par décret, après des mois de discussions sans parvenir à un accord entre les parties.
Le ministre de l'Economie, Roland Lescure, a remercié « l'engagement et le sens du service de Villeroy de Galhau, qui a accompagné notre économie dans des années de profondes transformations. Son action a toujours été guidée par la rigueur, l'indépendance et le souci de l'intérêt général ». La BCE « a énormément bénéficié du réalisme, combiné aux convictions fermes et à la vision européenne qu'elle apporte toujours », a également réagi Christine Lagarde. « Son optimisme et son approche fondée sur des principes de leadership me manqueront. Il est également devenu un ami très cher et je lui souhaite tout le succès possible », a déclaré Pablo Hernández de Cos, ancien gouverneur de la Banque d'Espagne et actuel directeur général de la Banque des règlements internationaux (BRI), qui a remercié Villeroy pour « son engagement en faveur de l'intérêt public et de la poursuite de la coopération internationale ».
François Villeroy de Galhau est ingénieur de formation et a étudié à la prestigieuse Ecole nationale d'administration (ENA), où ont été formés élites et hauts fonctionnaires. Parmi son riche curriculum vitae, il a été inspecteur des impôts, directeur de cabinet du ministre de l'Économie de 1997 à 2000 et a occupé différentes fonctions au sein de la banque BNP Paribas. Il prend la direction de la Banque de France en novembre 2015, sur proposition du président de l'époque François Hollande. A la fin de son mandat en 2021, Emmanuel Macron lui a proposé de continuer et celui-ci a été renouvelé pour six ans supplémentaires.
Durant ces presque onze années, il a défendu une politique de maîtrise des dépenses publiques et a réorganisé la Banque de France, réduisant ses effectifs de 30 %. Elle a été confrontée à plusieurs crises, dont la Covid et la crise inflationniste déclenchée après la guerre en Ukraine. Il a par ailleurs affiché son soutien au président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, face aux attaques de Donald Trump.
« L'échéance de fin juin suffit pour organiser sereinement ma succession », précise Villeroy de Galhau dans la lettre adressée aux salariés de l'organisation. « Nous avons rendu la Banque de France plus visible et plus efficace, en garantissant le meilleur service au moindre coût. Les femmes sont désormais plus présentes dans les équipes dirigeantes et nous sommes reconnus comme la banque centrale la plus verte du G20. »
« D'ici mai, nous aurons pris des mesures décisives au profit de notre Banque de France. A cette date, nous finaliserons notre plan stratégique pour 2028 (…) Nous avons remporté la victoire contre l'inflation, et même si l'incertitude internationale reste importante, la politique mondiale est en bonne position avec la Banque centrale européenne », souligne-t-il.
Parmi ceux qui pourraient lui succéder figurent Denis Beau et Agnès Bénassy-Quéré, tous deux gouverneurs adjoints de la Banque de France, ou encore Benoît Coeuré, président de l'Autorité de la concurrence. C'était déjà l'un des noms qui avait été entendu en 2015, lorsque Villeroy de Galhau a finalement été nommé. Emmanuel Moulin, l'actuel chef de cabinet de Macron, est également considéré comme un candidat potentiel pour ce poste. Même si c'est ce dernier qui doit désigner un successeur, la décision doit être soumise au vote de la commission des finances de l'Assemblée et du Sénat.
Le poste vacant de Villeroy, considéré comme faisant partie du secteur colombophile – plus favorable à la baisse des taux d'intérêt – intervient en plein processus de renouvellement de la BCE : le Croate Boris Vujcic remplacera Guindos comme vice-président à partir de juin (au moment même où Villeroy cessera d'assister aux réunions du Conseil de gouvernement, qui fixe les taux d'intérêt). Et en 2027, un nouveau président doit être nommé pour l'entité européenne, puisque le mandat de la également française Christine Lagarde expire fin octobre, en plus de celui de deux autres membres du comité exécutif (l'instance dirigeante quotidienne de l'entité) : celui de son économiste en chef, l'Irlandais Philip Lane, en juin, et celui de l'Allemande Isabel Schnabel à la fin de l'année.
