EL PAÍS

Un projet pour les forces démocratiques : la refondation constitutionnelle de l'ONU

La réunion des dirigeants progressistes du monde entier, organisée ces jours-ci à Barcelone par le président Pedro Sánchez pour convenir d’une réponse commune à l’involution autoritaire de nos démocraties et aux violations du droit international, est en soi un premier pas vers la construction d’une alternative à l’extrême droite. Il est clair que cette alternative ne peut ignorer les deux terribles fléaux qui sont une conséquence de cette involution : les guerres d’agression illégales déclenchées par Poutine, Netanyahu et Trump, qui menacent de dégénérer en conflit nucléaire, et l’absence de mesures visant à lutter contre le réchauffement climatique qui, s’il n’est pas stoppé, transformera la Terre en un endroit inhabitable.

Il ne suffit pas, face à ces fléaux, de déplorer l’effondrement de l’ordre international et l’aveuglement de notre droite dirigeante, unie par le négationnisme de la question écologique – « la plus grande arnaque de l’histoire », comme l’a qualifiée de Donald Trump. Cela ne suffit pas non plus à défendre le droit international actuel et ses institutions actuelles, dont l’échec a révélé leur totale impuissance et insuffisance. Une réponse rationnelle et réaliste à cet échec, de la part des forces démocratiques rassemblées à Barcelone, devrait consister en un projet de refondation constitutionnelle des Nations Unies, qui imposerait des limites et des restrictions juridiques, dans l’intérêt de tous, aux pouvoirs sauvages actuels des puissances nucléaires et des marchés mondiaux. Cette constitutionnalisation de l’ONU ne peut se réaliser qu’avec l’introduction d’un système complexe de garanties, sans lesquelles les principes universels proclamés dans tant de chartes internationales – paix, protection de l’environnement et égalité des droits de l’homme – ne sont que des paroles, des promesses non tenues.

Nous vivons le moment le plus dramatique de l’histoire. À une époque où le fléau du danger nucléaire et de la catastrophe écologique nécessiterait une augmentation de la capacité de gouvernement du politique et du rôle de garant du droit, le triomphe de la droite dans une grande partie de l’Occident a produit le développement simultané de deux absolutismes : l’absolutisme politique, dû à l’involution autocratique de nombreuses démocraties et à l’absence de limites aux pouvoirs du gouvernement, et l’absolutisme économique, dû à la concentration des richesses et à l’absence de limites aux pouvoirs du marché. L’humanité est tombée entre les mains de petits groupes d’autocrates et de milliardaires, qui n’admettent aucune limite à leurs pouvoirs. Le président de la plus grande puissance militaire, Donald Trump, a déclaré qu’il ne connaissait de limites que celles qu’il se fixe.

D’où, dans un monde dominé par la loi du plus fort, par la logique de l’ennemi et par le mépris du droit, le danger d’un holocauste nucléaire. D’où l’aggravation de la catastrophe écologique qui menace notre planète, puisque chaque année plus de dioxyde de carbone est émis dans l’atmosphère que l’année précédente. Sans réveil de la raison, l’humanité est vouée à l’extinction, à cause du réchauffement climatique, au milieu d’atroces souffrances. Nos petits-enfants ne pourront pas nous pardonner ni comprendre l’irresponsabilité et la bêtise de nos générations, qui leur auront laissé une planète transformée en enfer.

Tels sont les problèmes que devraient résoudre les forces démocratiques réunies à Barcelone. Il faut un tournant historique que seules ces forces peuvent promouvoir : la transformation de la Charte des Nations Unies en une Constitution de la Terre, dont la primauté sur toute autre source, nationale ou internationale, est garantie par une Cour constitutionnelle mondiale. Il existe trois valeurs universelles, dans l’intérêt de tous, que seule une Constitution de la Terre est capable de garantir : premièrement, la paix, à travers l’interdiction constitutionnelle, en tant que crimes contre l’humanité, de la production et du commerce de toutes les armes, non seulement des armes nucléaires, mais aussi des armes à feu ordinaires ; deuxièmement, l’environnement, à travers l’interdiction de l’utilisation des énergies fossiles et la protection des atouts vitaux de la nature – eau potable, grandes forêts, grands glaciers – en tant qu’actifs d’un patrimoine planétaire éloigné de la commercialisation et des déchets ; troisièmement, l’égalité, à travers la création d’institutions mondiales pour garantir les droits à la santé, à l’éducation et à la subsistance de tous les êtres humains.

Ce n’est pas une utopie. Il s'agit de l'application concrète des principes déjà établis dans la Charte des Nations Unies et dans les nombreuses chartes des droits de l'homme, restées sur papier faute de garanties. L’application de ces principes constitue le saut civilisationnel que devraient proposer et viser les dirigeants progressistes de 40 pays, réunis pour la première fois à Barcelone. Dans l’intérêt de tous, pauvres et riches, faibles et puissants : la survie de l’humanité sur la seule planète que nous possédons est en jeu.

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