La NASA n’a pas dit que Madrid, la Communauté valencienne et l’Andalousie seront inhabitables en 2050 — ce que dit réellement l’article qui circule sur Internet

Une alerte circule depuis des mois d’un média à l’autre. Elle affirme que la NASA aurait désigné Madrid, la Communauté valencienne et l’Andalousie comme des endroits où l’on ne pourrait plus vivre en 2050 à cause de la chaleur extrême. Cela sonne concret, urgent et scientifique.

Mais il y a un problème. L’article de la NASA cité ne mentionne ni l’Espagne, ni ces communautés, ni l’Europe. Le risque climatique pour l’Espagne est réel, mais attribuer cette affirmation à la NASA va bien au-delà des preuves.

Ce que dit vraiment la NASA

L’histoire part d’un article de NASA Science publié le 9 mars 2022 et mis à jour en octobre 2024. Ce n’est pas un nouveau rapport sur l’Espagne, mais une explication vulgarisée sur la chaleur humide et ses effets sur le corps.

La NASA indique comme zones particulièrement vulnérables d’ici 2050 le sud de l’Asie, le Golfe Persique et la mer Rouge. D’ici 2070, elle ajoute l’est de la Chine, certaines parties de l’Asie du Sud-Est et le Brésil. L’Espagne ne figure pas une seule fois.

Le texte s’appuie sur une étude publiée dans Science Advances par Colin Raymond, Tom Matthews et Radley Horton. Cette recherche a démontré que les épisodes de chaleur humide extrême avaient plus que doublé entre 1979 et 2017, mais elle ne prédisait pas non plus que Madrid, la Communauté valencienne ou l’Andalousie deviendraient inhabitables.

L’erreur des 35 degrés

Voici la confusion clé. Une température de l’air de 35 °C, celle que l’on voit sur son téléphone ou sur un thermomètre de rue, n’est pas équivalente à 35 °C de bulbe humide. Cette seconde mesure combine chaleur et humidité pour indiquer jusqu’où la sueur peut s’évaporer et refroidir le corps.

L’article de la NASA présente 35 °C de bulbe humide pendant environ six heures comme une limite théorique de survie à l’extérieur. Cela exige une combinaison extrême de température et d’humidité, et non un après-midi sec à 35 °C. De plus, l’agence elle-même rappelle que la chaleur peut être mortelle avec des valeurs bien inférieures.

Ce chiffre n’est pas non plus un interrupteur qui s’allume d’un seul coup. Des expériences menées sur des jeunes adultes en bonne santé ont observé un stress thermique non compensable sous ce seuil dans certaines conditions. L’âge, l’état de santé, l’activité physique, les vêtements, le soleil, le vent et l’accès à l’eau ou à une climatisation modifient fortement le risque.

D’où vient la confusion

Tout indique que plusieurs informations ont mélangé l’article de la NASA avec The Future We Don’t Want, un rapport technique de 2018 élaboré par l’UCCRN pour un projet de C40 Cities, Global Covenant of Mayors et Acclimatise. Ce n’est pas un rapport de la NASA. Une reconstruction de Climática situe le passage espagnol dans une information de juillet 2024 qui a fusionné les deux sources, ajouté ces trois zones et ensuite passé d’un titre à l’autre.

Le rapport de 2018 utilisait toutefois un ensemble de projections diffusé par l’agence spatiale. Il analysait les résultats de quatre modèles climatiques, et non de « quatre satellites », et calculait quelles villes pourraient atteindre une moyenne des maximums mensuels d’au moins 35 °C pendant leur trimestre le plus chaud vers le milieu du siècle sous un scénario d’émissions élevées.

Cela ne correspond pas non plus à supporter 35 °C de bulbe humide pendant trois mois. Le premier chiffre décrit une moyenne des maxima de l’air, tandis que le second serait une condition physiologique extrême. En réunissant ces deux idées, une projection de chaleur urbaine aurait fini par devenir une prétendue liste de territoires condamnés, et c’est là que l’histoire s’est tordue.

L’Espagne se réchauffe bel et bien

Démystifier un titre ne signifie pas minimiser le problème. Selon AEMET, la température moyenne annuelle de l’Espagne a augmenté de 1,75 °C depuis 1961. Douze des douze années les plus chaudes de cette série appartiennent désormais au XXIe siècle.

L’été 2026 a ajouté une signalisation difficile à ignorer. L’agence a comptabilisé 61 jours sous conditions de vague de chaleur sur la péninsule et les Baléares, un record depuis le début de la série en 1975. Cela représente environ deux tiers des jours de l’été.

Concrètement, cela signifie des nuits plus difficiles à dormir, une pression accrue sur la santé et des travaux en plein air bien plus dangereux. Cela augmente aussi la demande de climatisation et peut rendre plus coûteux de garder le logement frais. Ce n’est pas une minime évidence.

Ce qu’il faut surveiller jusqu’en 2050

Madrid, la Communauté valencienne et l’Andalousie font face à des risques différents. L’île de chaleur urbaine, l’humidité méditerranéenne, les maxima de l’intérieur, la disponibilité en eau et la qualité des logements n’impactent pas de la même manière tous les quartiers ni toutes les personnes. AEMET propose des projections régionales avec des ensembles de modèles et divers scénarios d’émissions, qui ne constituent pas une liste de lieux habitables ou inhabitable.

Alors, qu’est-ce qui change pour ceux qui vivent là-bas ? Il faudra renforcer les alertes précoces, adapter les horaires de travail, créer de l’ombre et des zones vertes, réhabiliter les logements et assurer des espaces frais accessibles. L’habitabilité dépend autant du thermomètre que de la capacité à se protéger.

La conclusion est simple. L’Espagne est confrontée à une chaleur plus fréquente, persistante et dangereuse, mais la NASA n’a pas déclaré que ces trois communautés seraient inhabitables en 2050.

L’article officiel qui a donné naissance à une partie de la confusion a été publié par NASA Science.

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