Brigitte Macron suscite la polémique en France en traitant un groupe de féministes de « connards de merde »
Dimanche dernier, Brigitte Macron, l'épouse du président français Emmanuel Macron, est allée avec sa fille Tiphaine Auzière voir un spectacle de l'humoriste Ary Abittan au théâtre des Folies Bergère à Paris. La sortie ludique n'aurait pas eu un plus grand impact sans les déclarations qu'il a faites avant la représentation, dans lesquelles il a décrit quatre féministes qui avaient interrompu la veille le spectacle d'Abittan, signalé pour viol en 2021 et qui avaient été retirées de la scène pour cette raison, comme des « », ce qui pourrait être traduit par « connards de merde ».
Une caméra a capturé une conversation entre les deux, juste avant le début du spectacle. Brigitte Macron s'est approchée de l'humoriste pour le saluer : « Comment vas-tu ? » «J'ai peur… de tout», répond-il. « S’il y a des connards de merde, on les jette à la rue », répond en riant Brigitte Macron.
Ce bref échange entre les deux n’a pas vraiment été drôle, mais a provoqué une chaîne de réactions au sein des groupes féministes, de la classe politique et de nombreux médias. À commencer par celle du collectif #noustoutes (nous tous) auquel appartenaient les militants qualifiés de « stupides » par la première dame. Ils sont apparus samedi au spectacle Abittan avec des masques à l'effigie du comédien et l'ont traité de « violeur ».
« Nous sommes profondément surpris et scandalisés. Les propos tenus (par Brigitte Macron) en disent long sur sa vision des choses. Le message politique est extrêmement choquant », a déclaré à l'AFP l'un des militants du groupe.
« Je suis aussi une connard de merde. Et je soutiens tous les autres », a posté sur ses réseaux sociaux l'actrice Judith Godrèche, l'une des figures les plus visibles contre les violences sexuelles au cinéma. En 2024, elle dénonce deux cinéastes français, Benoît Jacquot et Jacques Doillon, pour l'avoir violée alors qu'elle était adolescente.
Fin 2021, le comédien Ary Abittan a été accusé de viol par une femme de 23 ans. Elle l'accusait de lui avoir imposé des pratiques sexuelles non consensuelles. Après deux ans d'instruction, les juges d'instruction ont classé le dossier, estimant qu'il n'y avait pas suffisamment d'éléments pour l'inculper. Elle a fait appel, mais le procès n'a pas pu avoir lieu.
Il s'était retiré de la scène après la plainte et était revenu en mai 2024 avec des tournées en France. Depuis, le collectif #noustoutes avait demandé l'annulation de ses spectacles. Ils affirment qu'Abittan n'a jamais été acquitté du crime présumé, puisqu'il n'y a eu aucune procédure judiciaire. Ils rappellent que 83 % des plaintes pour viol ou agression sexuelle finissent par être déposées, faute de preuves, car c'est la parole d'une personne contre celle d'une autre.
Les propos de Brigitte Macron ont suscité une grande indignation dans le pays et les représentants des partis de gauche ont censuré son éclat, estimant qu'il s'agit d'une insulte envers les victimes de violences sexuelles, notamment celles qui ne peuvent prouver qu'elles en ont été victimes. « Ce sont des déclarations très graves, une première dame ne devrait pas dire ça », a critiqué la chef de file des écologistes, Marine Tondelier. Manon Aubry, députée européenne de La Francia Insumisa, le parti de Jean Luc Mélenchon, a ironisé : « Nous avons commencé ce mandat (de Macron) en disant que les droits des femmes étaient une priorité et nous avons fini par les insulter. »
Le cas du comédien est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Son retour sur scène a été très critiqué par les groupes féministes, qui ne comprennent pas pourquoi il n'a pas été annulé. Emmanuel Macron avait déjà fait polémique lorsqu'il défendait l'acteur Gérard Depardieu, après que des dizaines de femmes l'avaient accusé de les avoir agressées pendant le tournage.
En mai dernier, l’interprète avait été condamné à 18 mois de prison après avoir été reconnu coupable d’avoir agressé sexuellement deux femmes lors du tournage d’un film en 2021. Quelque temps auparavant, Macron avait déclaré que Depardieu était « une fierté pour la France ».
« Il faut arrêter les polémiques inutiles. Même si les termes ne sont pas appropriés, la première dame exprime une réalité. Ces interventions répétées (des féministes) n'aident pas la cause qu'elles défendent », a défendu la députée Prisca Thévenot, du parti de Macron, Ensemble pour la République. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a reconnu qu'il ne s'agissait pas « d'un langage typique du débat public ».
L'entourage de Brigitte Macron a expliqué à l'AFP que « cette conversation doit être vue simplement comme une critique de la méthode radicale utilisée par ceux qui, masqués, ont perturbé samedi l'émission d'Ary Abittan pour l'empêcher d'avoir lieu ». L'ancien président François Hollande s'est également prononcé : « Même si les formes peuvent être critiquées, lorsqu'il s'agit de femmes luttant contre les violences faites aux femmes, on ne s'exprime pas en ces termes. »
