EL PAÍS

Ce cataclysme si agréable

Lorsque j’étais au Congrès et que je couvrais la chronique du Parlement, il y avait des gens qui me demandaient parfois : dites-moi ce qui va se passer, vous qui êtes là et qui le savez. La question avait du sens, mis à part le fait que je gagnais justement ma vie de cela, en racontant à la radio ce que je savais, ce que nous appelions l’actualité. Cela aurait été un cas très rare – mais peut-être pas inédit, car tout arrive – si je gagnais mon salaire pour expliquer au public ce qui était déjà connu et si je gardais pour moi les bonnes exclusivités pour animer les karaokés et impressionner mes amis. J’ai appris de ceux-là que dans la vie politique, comme dans la vie en général, il y a beaucoup de légendes et beaucoup d’improvisation que plus tard, si tout se passe bien, les partis se font passer pour de la stratégie.

Maintenant que je ne suis plus au Congrès, je vois et j’entends les événements politiques avec une certaine distance, ce qui m’amène à tirer des conclusions peut-être moins précises ; mais ils sont à moi. Il me semble, par exemple, que Junts teste jusqu’où il peut tendre la corde, comme s’il avait une alternative au gouvernement qui allait lui accorder l’amnistie. Il me semble également que le PSOE peut trouver utile l’argument de la concorde, même s’il aurait été plus convaincant – ou simplement convaincant – s’il avait été déployé plus tôt : au moment même où il s’opposait à la mesure.

Il me semble également que l’État de droit fonctionne et préserve ses garanties, que le Congrès représente la souveraineté, que la Constitution gouverne et est en vigueur et que le crime ne gouverne pas l’Espagne, ce sont des déclarations qui ont été entendues par des dirigeants du PP ou Vox. Il me semble que ce n’est pas un pays brisé et que les gens de l’extérieur ont une meilleure impression de l’Espagne que ce que certains, si patriotes, propagent à l’intérieur. Il me semble qu’après l’exagération il n’y a rien : que nous ne sommes pas au bord d’une quelconque apocalypse démocratique et que, en général et sans entrer dans les problèmes que chacun a, la liberté n’est pas un slogan mais une réalité avec laquelle, si Si cela nous manquait vraiment, ce ne serait pas si frivole.

Bref, il me semble qu’on assiste à un excès de théâtre, et comme il est vrai que cela ne peut pas être généralisé car tout le monde n’agit pas de la même manière, il faudrait préciser qu’il y a ceux qui parlent à nous comme on parle aux enfants et il y en a qui veulent nous faire peur en prônant un effondrement dont ils nous sauveront. Je pense à tout cela, mais que puis-je savoir si cela n’est soutenu par aucune source, même anonyme. Ce sont les choses qui me viennent à l’esprit en passant justement devant la porte du Congrès, par un de ces après-midi madrilènes si agréables qu’ils font peur, avec ses 20 degrés fin janvier et début février. Mais ce serait vraiment rare : entendre autant parler de l’éclatement de l’Espagne et de la fin du monde alors que ce qui nous mettait vraiment en danger étaient ces doux après-midi pour lesquels personne ne s’exclamait autant dans les tribunes.

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