Émissions des super-riches : les 0,1 % les plus riches dépassent les 3,5 milliards les plus pauvres, selon Oxfam
Oxfam Intermón a établi un lien entre les émissions des super-riches et une responsabilité climatique accrue, et a dénoncé que les grands investisseurs participent à des secteurs parmi les plus polluants ainsi qu’aux entreprises de reconstruction qui se trouvent derrière les catastrophes.
La responsabilité face à la crise climatique et aux ressources nécessaires pour y survivre est répartie de manière extrêmement inégale. Les 0,1 % des personnes les plus riches du monde, les super-riches, produisent des quantités incroyables d’émissions de carbone : 8 millions de personnes appartenant à ce groupe polluent plus que les 3,5 milliards d’individus les plus pauvres du monde.
Le rapport pré-COP31 sur les émissions des super-riches associe les données sur les inégalités à des modèles d’attribution climatique. Selon ces calculs, une personne de ce groupe contribue presque 400 fois plus aux vagues actuelles de chaleur extrême que quiconque appartenant à la moitié la plus pauvre de l’humanité.
La dénonciation porte aussi sur le secteur qui se cache derrière la reconstruction. L’indice « Détruire et Reconstruire » identifie 217 entreprises qui opèrent à la fois dans des secteurs qui aggravent la crise climatique et dans la préparation et la réponse face aux catastrophes. Et en réalité, très peu de personnes vulnérables bénéficient d’une véritable protection.
Les émissions des super-riches les rendent plus responsables de la crise climatique
Le 0,1 % des personnes les plus riches du monde (8 millions) génère plus d’émissions de carbone que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres réunies, selon une nouvelle analyse d’Oxfam Intermón. Publié avant la conférence climatique des Nations unies (COP31), qui se tient en Turquie, le rapport montre comment les super-riches aggravent la crise climatique par leurs émissions démesurées, tout en se protégeant des conséquences et, de plus en plus, en tirant profit de la destruction.
Une personne appartenant au 0,1 % des plus riches a contribué presque 400 fois plus à la progression actuelle des vagues de chaleur que quelqu’un de la moitié la plus pauvre de l’humanité. Dans son ensemble, ce petit groupe génère plus du triple des émissions de carbone que l’ensemble de la population de l’Afrique subsaharienne (1,3 milliard de personnes).
« Ceux qui ont le moins contribué à provoquer la crise climatique perdent leurs maisons, leurs récoltes et leurs vies. Pendant ce temps, les super-riches peuvent se protéger des effets et profiter des retombées des émissions, tout en faisant du business sur la reprise. Dans la crise climatique, nous ne sommes pas tous dans le même bateau », affirme Sofía del Valle, responsable de Justice Climatique d’Oxfam Intermón.
Conclusions concernant les émissions des super-riches
Oxfam Intermón a combiné des données sur les inégalités en matière d’émissions de carbone avec des modèles avancés d’attribution climatique et en est venu aux conclusions suivantes :
- Le 1 % le plus riche est responsable de 20 % du réchauffement global depuis 1990. Par personne, sa contribution est 100 fois plus grande que celle d’une personne de la moitié la plus pauvre de l’humanité.
- Les émissions d’une seule année du 1 % des super-riches provoqueront 1,9 million de décès supplémentaires liés à la chaleur. 78 % de ces décès se produiront dans des pays à revenu faible ou intermédiaire faible, alors que ces pays ne sont responsables que de 8 % des émissions mondiales.
- Les émissions du 1 % le plus riche causeront des dommages estimés à près de 53 billions de dollars d’ici 2050.
L’aviation privée, accessible uniquement aux personnes les plus riches, constitue l’un des exemples les plus marquants de l’immense inégalité et du problème posé par les émissions des super-riches. La nouvelle analyse d’Oxfam Intermón, fondée sur des données de suivi des avions privés, révèle que en seulement deux secondes, l’ensemble des avions privés émet plus de carbone que ce qu’une personne de la moitié la plus pauvre de l’humanité émettrait en une année entière.
Même si les super-riches sont responsables d’une part disproportionnée des émissions de carbone, les populations qui polluent le moins subissent les pires conséquences des inondations, des incendies et des famines. Les super-riches peuvent se protéger grâce à des assurances privées et à des logements dans des zones plus sûres et plus fraîches.
Pour de nombreuses autres personnes, les catastrophes climatiques signifient perdre leur domicile, leurs récoltes, leurs économies ou leurs moyens de subsistance. Ces pertes les laissent encore plus exposées face au prochain désastre et aggravent les inégalités qui les rendaient déjà beaucoup plus vulnérables. D’ici 2050, jusqu’à 1 milliard de personnes (environ 10 % de la population mondiale) pourraient être déplacées par la crise climatique, majoritairement dans le Sud global.
En Espagne, les phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur, les incendies et les inondations, deviennent de plus en plus intenses et répétés. Juste deux années après la DANA ayant laissé des traces dans plus d’une centaine de communes valenciennes, Oxfam Intermón rappelle que leur passage a mis en évidence l’impact inégal de la crise climatique.
Souvenez-vous que les ménages les moins nantis, les femmes, les personnes âgées et les communautés migrantes ont été les plus touchés. Ils sont aussi ceux qui disposent de moins de ressources et de soutien institutionnel et qui mettent le plus de temps à se rétablir après ce type d’impact, partout dans le monde, y compris en Espagne.
Le rapport d’Oxfam Intermón montre également que les catastrophes climatiques deviennent une activité de plus en plus lucrative. Il est prévu que le marché mondial de la récupération après catastrophes passe de 70 000 à 92 000 millions de dollars annuels d’ici 2029 et qu’il reste entre les mains de nombreux super-riches.
Un nouvel indice : détruire et reconstruire
Le nouvel indice « Destroy & Rebuild » (en espagnol, « Destruir y Reconstruir ») de l’organisation identifie 217 entreprises actives à la fois dans des secteurs qui alimentent la crise climatique et dans la préparation, la récupération et la reconstruction après les catastrophes. BlackRock et Vanguard investissent dans 92 % des entreprises incluses dans l’indice. Leurs investissements conjoints dépassent le billion de dollars.
Le rapport met aussi en garde sur le fait que les catastrophes climatiques sont de plus en plus utilisées pour promouvoir des politiques qui aggravent l’inégalité, telles que la privatisation de l’action climatique et des services publics, la appropriation des terres, la déréglementation et les avantages fiscaux pour les plus riches. Le résultat est un cercle vicieux d’injustice : les morts dues aux inondations sont sept fois plus nombreuses dans les pays présentant les plus grandes inégalités.
« Les super-riches polluent la planète et les autres en subissent les conséquences », affirme del Valle. « Ils bénéficient de la pollution et tirent profit du désastre. »
Que demande Oxfam à l’approche de la COP31 ?
Oxfam Intermón exhorte les gouvernements réunis à la COP31 à :
- Faire en sorte que les plus polluants paient afin de réduire de manière significative et rapide leurs émissions de carbone, entre autres mesures, par le biais d’un impôt permanent sur les entreprises de combustibles fossiles et d’impôts permanents sur le patrimoine et le revenu, ainsi que sur les articles de luxe générant de fortes émissions, tels que les avions privés.
- Accroître substantiellement le financement climatique pour le Sud global, en privilégiant les financements publics fondés sur des subventions plutôt que des prêts qui aggravent la dette. Le montant dédié à l’adaptation devrait tripler d’ici 2035.
- Réduire radicalement les inégalités au sein des pays et entre eux, grâce à des infrastructures et des services publics résilients au climat.
- Mettre fin à la spéculation autour des catastrophes climatiques. Les gouvernements doivent limiter le pouvoir excessif des grandes entreprises et veiller à ce que la réponse d’urgence et la reconstruction privilégient les besoins des personnes plutôt que les bénéfices des entreprises.
Avec les regards tournés vers les élections du 29F en Espagne
En Espagne, à l’approche des prochaines élections générales, Oxfam Intermón appelle toutes les forces politiques à intégrer la justice climatique dans leurs engagements pour la prochaine législature. Parmi leurs propositions, on distingue :
- Promouvoir une politique ambitieuse d’adaptation au changement climatique en Espagne, afin de protéger les personnes les plus vulnérables et de réduire les inégalités.
- Mettre en œuvre une taxe sur les bénéfices extraordinaires des entreprises de combustibles fossiles, qui décourage les émissions et génère des ressources pour renforcer les finances et les services publics afin d’aider les ménages les plus touchés par le changement climatique et la hausse du coût de la vie.
Aide ou business ?
La reprise dépend aussi de la rapidité de l’aide qui arrive. Deux ménages peuvent subir des dommages similaires, mais celui qui dispose d’économies peut payer un hébergement temporaire ou certaines réparations de base en attendant; le pauvre attend ou s’endette, ce qui accroît sa vulnérabilité.
Par conséquent, une réponse visant à réduire les inégalités devrait évaluer les ressources disponibles de chaque famille, en plus des pertes matérielles. Faciliter les avances et rendre les démarches plus accessibles aiderait à éviter qu’une urgence climatique ne se transforme en une crise économique durable et en un business qui amplifie les émissions des super-riches.
