Narcos trop humains
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Il était capable de torturer et d'enterrer vivants ses ennemis, mais en même temps, il ne supportait pas de passer beaucoup de temps loin de ses plus de 10 enfants et de ses innombrables partenaires. Un vieux rapport psychologique sur El Chapo, datant de ses premiers pas en prison il y a plus de dix ans, le décrivait comme quelqu'un d'implacable et de vengeur. Avec une « ambition démesurée de pouvoir », un « besoin de leadership » malsain issu « d’un sentiment d’infériorité » qui le pousse à « tuer sans culpabilité ». Un esprit criminel qui confine à la psychopathie, mais qui a deux points fragiles, c'est-à-dire humains : la peur de perdre la liberté et d'être seul.
Ses spectaculaires évasions de prison et le détail de ses arrestations consécutives le prouvent. Les indices qui ont conduit aux deux dernières arrestations du grand patron du cartel de Sinaloa n'ont rien à voir avec une trahison ou un coup de sifflet contre la police. En 2014, la Marine est à ses trousses et lorsqu'elle finit par le traquer, il se trouve dans un appartement pas très grand ni très sûr, avec sa dernière épouse et ses deux filles jumelles d'à peine trois ans. L'arrestation dernière et définitive a été possible parce que la police a suivi la trace de Kate del Castillo. Le patron semble avoir eu un nouveau coup de cœur et cherchait l'actrice pour lui rendre visite dans sa cachette dans les montagnes. « Je prendrai soin de toi plus que de mes yeux », lui dit-il dans les messages interceptés par l'armée. La partie la plus sentimentale de Chapo, comme le dit le rapport, a été sa chute.
Le schéma se répète avec la chute ce dimanche de Mencho, héritier de la figure presque mythique du bandit incorrigible et rusé incarné par El Chapo. Il n'existe aucun rapport psychologique sur le chef du cartel de nouvelle génération de Jalisco, célèbre pour son profil bas, mais ce que l'on sait de sa carrière indique également un type froid, calculateur et impitoyable. Comme El Chapo, la clé pour le retrouver était « l'un des couples romantiques », qui sont allés lui rendre visite dans des cabanes au milieu des montagnes de Jalisco. L'armée l'a trouvé là-bas.
La philosophe française Simone Weil disait qu’il y a quelque chose d’enivrant dans la violence – la « force », dit-elle –, une ivresse aveugle qui transforme les humains en choses, « transforme un homme en pierre » et déclenche « un malheur » qui finit par dévaster tout le monde, victimes comme bourreaux. El Chapo et El Mencho n'ont pas échappé au malheur, ne cherchant même pas le seul antidote pour revenir à l'humanité. Weil utilise la métaphore des « bains chauds » pour désigner l’intimité du foyer, l’affection et la tendresse, ces mêmes liens qui semblent se dissoudre face à l’horreur de la violence.
