Pour les budgets d’une Espagne engagée dans le monde
Alors que les difficiles budgets généraux de l’État pour 2026 sont en cours d’élaboration et de négociation, l’Espagne est confrontée à une décision qui transcende la comptabilité publique et la confrontation partisane. Il ne s’agit pas seulement de distribuer des jeux, mais d’exprimer par des faits quelle est notre responsabilité et notre rôle dans le monde. Comme chaque année, les budgets nous disent non seulement quel pays nous sommes, mais aussi ce que nous voulons être. Aujourd’hui, cette réponse ne peut passer que par un engagement en faveur de la paix, des droits de l’homme, de l’aide humanitaire et de la coopération internationale.
De la part du Coordonnateur des Organisations pour le Développement, nous demandons que les prochains budgets concrétisent les engagements que l'Espagne a pris, tant dans sa Loi de Coopération pour le Développement Durable et la Solidarité Globale, que dans sa position concernant le IVe Conférence internationale sur le financement du développement reflétée dans le récent Plan de Séville, comme dans d’autres accords européens et internationaux. Sans aucun doute, nous ne partons pas de zéro : ces dernières années, les groupes parlementaires, le gouvernement et les principaux acteurs sociaux ont promu d'importantes réformes du système de coopération par le dialogue. Mais cette volonté doit maintenant être traduite en chiffres et transformée en un pourcentage précis : consacrer au moins 0,4% du revenu national brut à l'aide publique au développement en 2026, une étape intermédiaire pour faire avancer l'engagement de 0,7% en 2030 inclus dans notre loi de coopération et réitéré à Séville au niveau national et mondial. Les intentions exprimées dans les lois, les discours et les accords sont appréciées, mais les mots ne suffisent plus.
L’année 2030 approche et l’objectif historique de 0,7% – auquel se sont engagés l’exécutif lui-même et les principaux partis politiques – deviendra inaccessible si nous ne commençons pas à prendre des mesures pour atteindre cet objectif dans le prochain budget.
L’effort de coopération ne peut pas continuer à être une promesse reportée. L'Espagne consacre aujourd'hui 0,25 % de son revenu national brut à l'aide publique au développement (APD), tandis que le La moyenne européenne est d'environ 0,5%. L’année 2030 approche et l’objectif historique de 0,7 % – auquel se sont engagés l’Exécutif lui-même et les principaux partis politiques – deviendra inaccessible si nous ne commençons pas à prendre des mesures pour atteindre cet objectif dans le prochain budget. Les 0,4 % que nous proposons maintenant doivent être le début d’une courbe ascendante pour atteindre cet objectif.
Les défis mondiaux auxquels nous sommes déjà confrontés – l’urgence climatique, les crises humanitaires, les inégalités, les déplacements forcés – nécessitent des réponses soutenues et coordonnées. Chaque euro alloué à la coopération contribue à prévenir les conflits, à renforcer les institutions, à réduire les inégalités et à sauver des vies. Ce n’est pas une dépense : c’est un investissement dans un avenir commun. Bon nombre des problèmes mondiaux dont nous souffrons et l’ampleur qu’ils ont atteint sont la conséquence d’années de non-respect.
En fait, un récent rapport publié par CONCORDle réseau européen des ONG de développement, pointe clairement la dérive inquiétante de la coopération européenne. De nombreux États membres réduisent les fonds de coopération, donnant la priorité aux intérêts économiques, aux dépenses militaires et aux mesures visant à rechercher une (fausse) sécurité. Le document appelle cette tendance « myopie », et à juste titre : il s’agit de l’aveuglement qui consiste à regarder uniquement à l’intérieur alors que le monde s’effondre à l’extérieur.
Confrontée à une vision de la coopération comme un élément superflu et comme un simple outil géostratégique à court terme, l’Espagne a l’opportunité de marquer la différence et la direction au sein de l’UE, en démontrant que la coopération n’est pas une monnaie d’échange ou une concession caritative, mais un pilier de son action étrangère et de son engagement en faveur des droits de l’homme, de la paix entre les pays et d’un monde inclusif, juste et durable.
Pour y parvenir, il est nécessaire que les prochains budgets consolident le processus entamé ces dernières années, en fournissant des ressources suffisantes à l'Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) et à l'ensemble du système de coopération publique, en renforçant les capacités techniques et humaines et en garantissant que chaque euro investi ait un impact réel, vérifiable, transformateur et durable.
De nombreux États membres réduisent les fonds de coopération, donnant plutôt la priorité aux intérêts économiques, aux dépenses militaires et aux mesures visant à rechercher une (fausse) sécurité.
Le contexte international n’aide pas : il y a actuellement 59 conflits ouverts dans le monde. Nous sommes simultanément confrontés à des guerres en Ukraine et au Soudan, à des atrocités à Gaza, à des crises alimentaires au Sahel et à l’arrivée au pouvoir de dirigeants réactionnaires cherchant à restreindre l’espace civique dans leurs pays. Mais c’est précisément lorsque la violence augmente que les inégalités mondiales s’aggravent, que les écosystèmes s’effondrent et que des millions de personnes perdent leurs moyens de subsistance ; Réduire l’aide – comme le décident de nombreux gouvernements – est une décision aussi injuste que dangereuse pour soi-même.
C'est pourquoi nous insistons sur le fait que les budgets généraux de l'État doivent refléter, avec des faits, la responsabilité que l'Espagne veut exercer dans le monde. Un pays qui aspire à être respecté et crédible sur la scène internationale ne peut pas maintenir une politique de coopération avec un budget insuffisant. Si nous croyons vraiment en une Espagne engagée en faveur de la justice mondiale, de la paix et des droits de l’homme, les chiffres – ce premier 0,4 % comme premier pas vers le 0,7 % répété et historique – doivent le confirmer.
Nous ne demandons pas l'impossible. Nous demandons de la cohérence et que les budgets reflètent les engagements du pays en faveur des droits de l'homme, assumés dans des espaces multilatéraux tels que les Nations Unies, et réitérés dans des discours, des accords et des réglementations déjà approuvés. Si nous voulons un pays à la hauteur des défis actuels, c’est le moment de prendre une décision. Parce que l’avenir, le nôtre et celui de ceux qui en ont le plus besoin, s’écrit aussi dans les pages du prochain budget.
