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COP30 : une transition climatique juste pour mettre fin à la faim et à la pauvreté

La COP30 est devenue un tournant historique. Pour la première fois lors d’un sommet sur le climat, la transition juste est au centre de l’agenda et il est reconnu qu’il n’y aura pas de transition climatique efficace sans transformation des systèmes agroalimentaires. L'adoption de la Déclaration des dirigeants de Belém sur la faim, la pauvreté et une action climatique centrée sur les personnes, qui place le droit humain à l'alimentation comme principe directeur et reconnaît le rôle essentiel des familles et des petits producteurs, constitue une étape sans précédent.

Bien que la sécurité alimentaire apparaisse comme une priorité dans l’Accord de Paris, l’agriculture et l’alimentation restent depuis des années en périphérie des négociations sur le climat. Une contradiction : l’agriculture est l’un des secteurs les plus durement touchés par le réchauffement climatique et, en même temps, l’un des secteurs qui peuvent apporter le plus de solutions en matière d’atténuation, d’adaptation et de restauration environnementale.

Le Brésil, pays hôte de cette COP à Belém, aux portes de l'Amazonie, préside le sommet à partir d'une expérience qui démontre ce qui arrive lorsque l'agriculture familiale, la protection sociale et la conservation de l'environnement sont intégrées dans la même vision du développement. Dans un pays qui compte près de cinq millions d’exploitations familiales, employant plus de 10,1 millions de personnes, et qui a réussi à sortir le Brésil de la carte mondiale de la faim et à réduire l’extrême pauvreté de 63 % entre 2004 et 2014, sa présidence a placé la sécurité alimentaire, l’agriculture durable et la transition juste au cœur de l’agenda climatique mondial. Des politiques telles que Faim Zéro, des programmes tels que Bolsa Familia, des achats publics auprès des petits producteurs ou des progrès dans la réduction de la déforestation ont montré que le développement rural inclusif et la durabilité peuvent se renforcer mutuellement.

À l’échelle mondiale, la réalité est alarmante : entre 638 et 720 millions de personnes souffriront de la faim en 2024, et plus de 2,4 milliards souffriront d’insécurité alimentaire modérée ou grave. À cela s’ajoute que les systèmes alimentaires génèrent environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Aucune stratégie climatique ignorant cette réalité ne sera suffisante. Et aucune transition ne peut être considérée comme juste si elle ne garantit pas le droit à l’alimentation et ne contribue pas à vaincre la pauvreté rurale, où vit la majorité de ceux qui nourrissent la planète.

L’agriculture est l’un des secteurs les plus durement touchés par le réchauffement climatique et, en même temps, l’un des secteurs qui peuvent apporter le plus de solutions en matière d’atténuation, d’adaptation et de restauration de l’environnement.

Dans les pays en développement, les agriculteurs familiaux sont confrontés à une double vulnérabilité : les impacts croissants des conditions climatiques extrêmes et le financement climatique pratiquement inexistant dont ils bénéficient. Aujourd’hui, les systèmes agroalimentaires ne captent que 4,3 % du financement climatique mondial, et les petits producteurs à peine 0,3 %. Cet écart n’est pas seulement injuste ; C'est une occasion manquée. Chaque euro investi dans l’agriculture familiale génère des bénéfices simultanés en matière de résilience, de sécurité alimentaire, de nutrition, de biodiversité et de captage du carbone.

Le défi n’est plus de justifier la transformation, mais de convertir la déclaration de Belém en investissements réels qui transforment les systèmes agroalimentaires et renforcent la résilience de ceux qui sont en première ligne face au changement climatique. Les engagements politiques existent déjà ; Ce qui manque, c'est le volume du financement et la cohérence de sa conception.

Combler cet écart nécessite de combler définitivement l’écart entre le financement climatique et le financement du développement. Pendant des décennies, ils ont fonctionné en silos, limitant ainsi leur impact. Mais une transition climatique juste nécessite des architectures financières intégrées, capables d’agir simultanément sur la résilience, le climat, l’inclusion économique et la sécurité alimentaire.

La réalité à l’échelle mondiale est alarmante : entre 713 et 757 millions de personnes souffriront de la faim en 2023, et plus de 2,4 milliards souffriront d’insécurité alimentaire modérée ou sévère.

Dans ce domaine, le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP) constitue un exemple efficace. Avec près de 2,5 milliards de dollars mobilisés depuis 2010, il a amélioré les revenus et la sécurité alimentaire de plus de 30 millions de personnes dans les pays à faible revenu, et près de la moitié de ses projets ont directement contribué à accroître la résilience au changement climatique. Cependant, même cette ampleur est insuffisante pour faire face à un défi mondial de cette ampleur. Il est nécessaire d’impliquer les gouvernements, les banques multilatérales, les fonds climatiques, la philanthropie et le secteur privé de manière beaucoup plus ambitieuse.

Parallèlement à la COP30, le GAFSP fait progresser sa Vision stratégique 2030, conçue pour servir de pont permanent entre le développement et le climat. Son objectif est de garantir que les 800 millions de petits agriculteurs du monde aient accès au financement, à l'innovation, aux marchés, à la technologie, à la connectivité et aux politiques publiques qui leur permettent de diriger la transition climatique et la prospérité rurale. Il ne s’agit pas seulement de les inclure : il s’agit de les reconnaître comme protagonistes, comme le cœur de la solution.

Avec la déclaration de Belém déjà adoptée, l’accent doit être mis sur la mise en œuvre : plans de financement intégrés pour le développement climatique, plateformes d’investissement public-privé, expansion des achats publics pour l’agriculture familiale, incitations à la conservation des forêts et des sols, renforcement des coopératives et des organisations de producteurs et systèmes de données inclusifs qui garantissent la transparence et la traçabilité.

Tout cela nécessite une véritable coordination entre les gouvernements, les banques multilatérales de développement, les fonds climatiques, le secteur privé et la société civile. Mais cela nécessite avant tout d’écouter et de financer ceux qui génèrent déjà des solutions : des millions de producteurs familiaux qui pratiquent l’agriculture régénérative, la diversification des cultures, l’agroforesterie ou la gestion durable de l’eau. Leurs pratiques quotidiennes constituent l’un des plus grands atouts climatiques de la planète.

Nous sommes confrontés à un moment décisif. Cette COP30 reconnaît explicitement que sans transformation des systèmes agroalimentaires il n’y aura pas de transition climatique et que sans garantir le droit à l’alimentation il n’y aura pas de transition juste. La Déclaration de Belém établit une nouvelle norme. Il est désormais temps de la traduire en actions concrètes sur le terrain grâce à des investissements à long terme.

Si la communauté internationale agit de manière cohérente, ce sommet peut inaugurer une décennie où climat, alimentation et développement font partie d’un même projet mondial. Une décennie au cours de laquelle les producteurs familiaux occupent enfin la place qui leur revient : au centre de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et de l’action climatique mondiale.

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